Les Etats-Unis et leurs partenaires ont tourné la page de l’or et des comptes en banques, pour se pencher désormais sur les autres biens spoliés par les nazis durant la Deuxième Guerre mondiale, en particulier les œuvres d’art et autres avoirs financiers en déshérence. Un séminaire, qui vise à préparer la tenue d’une conférence internationale sur les avoirs juifs de l’Holocauste à Washington fin novembre, a réuni dans la capitale américaine des représentants de 38 pays, sous l’égide du sous-secrétaire d’Etat américain, Stuart Eizenstat. La majeure partie de six tonnes d’or, saisies par les nazis pendant la Deuxième Guerre mondiale et toujours aux mains des puissances Alliées, sera remise à un fonds d’aide aux victimes du nazisme, a annoncé M. Eizenstat. La commission mise sur pied en 1946 par la Grande-Bretagne, la France et les Etat-Unis pour assurer la redistribution de l’or saisi par les nazis cessera alors ses activités, à l’occasion d’une cérémonie en septembre à Paris, selon M. Eizenstat, sous-secrétaire d’Etat responsable des Affaires économiques. Au moins quatre pays européens – l’Autriche, la Grèce, l’Italie et les Pays-Bas – renoncent à l’or restant, soit six tonnes, d’une valeur actuelle de 41 millions de dollars. L’argent, provenant de la vente de l’or, sera versé à un fonds d’aide aux victimes des persécutions nazies. Ceci portera à 57,5 millions de dollars le total des contributions internationales à ce fonds, selon M. Eizenstat. La page de l’or tournée, la conférence abordera la question des bijoux et des pierres précieuses, des livres et des manuscrits, des actions et des obligations aussi bien que les propriétés communes a déclaré M. Eizenstat, s’exprimant à l’ouverture du colloque. S’adressant aux délégués, il a ajouté que les gouvernements, de part et d’autre de l’Atlantique, devaient «achever le grand travail du XXe siècle – l’héritage terrible de l’Holocauste». Travail éprouvant «Ce que nous espérons accomplir durant cette conférence c’est que l’on aborde la question de l’Holocauste de façon positive et sans confrontation», a-t-il précisé. Stuart Eizenstat a insisté sur le «travail particulièrement difficile et éprouvant» consistant à retrouver l’origine des œuvres d’art, mais il a indiqué que cet effort permettra d’assainir le marché de l’art international. Au début du mois, l’Association des directeurs de musées d’art a appelé à répertorier de façon exhaustive les collections permanentes, grâce aux informations dont disposent les universitaires, les donneurs, les maisons d’enchères, les revendeurs et les bases de données informatiques. Cette initiative a été prise après qu’un avocat new-yorkais eut demandé, en janvier, la saisie de deux peintures d’Egon Schiele prêtées par une fondation autrichienne au Musée d’art moderne de New York. Un juge a refusé de donner suite à la requête déposée par deux familles américaines qui prétendaient que les œuvres avaient été volées à leurs familles pendant la Seconde Guerre mondiale. Par ailleurs, le Congrès juif mondial (CJM) a publié un rapport selon lequel entre 9 et 14 milliards de dollars de l’époque en avoirs juifs avaient été pillés par les nazis pendant la guerre. Le porte-parole du CJM, Ellan Steinberg, a chiffré les avoirs pillés à entre 90 et 140 milliards de dollars d’aujourd’hui. M. Eizenstat a présenté deux rapports sur l’or pillé par les nazis aux victimes de l’Holocauste ou aux banques centrales des pays occupés. Le sous-secrétaire d’Etat cherche à faciliter la conclusion d’un accord à l’amiable entre les trois plus grandes banques suisses et des survivants de l’Holocauste ayant déposé contre elles des plaintes collectives aux Etats-Unis. Ces négociations se trouvent au point mort après que les banques suisses incriminées eurent fait une offre globale de paiement de 600 millions de dollars, une proposition que le groupement juif a qualifié d’«insultante». Une nouvelle plainte collective a été déposée par cinq victimes de l’Holocauste, devant le tribunal fédéral à Washington, contre la Banque nationale suisse (BNS). (AFP)
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