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Actualités - Analyse

Le micro-crédit pour financer les toutes petites entreprises

Le nerf de l’économie étant le crédit, plusieurs associations à travers le monde se sont adressées aux plus démunis, aux laissés-pour-compte qui ne sont pas nécessairement les êtres les plus sous doués. L’objectif de ces organismes, associations ou établissements financiers est de financer des projets économiques de très petite taille, à l’échelle individuelle. Aujourd’hui, véritable phénomène de société, le financement des micro-entreprises (taxi, garçon coiffeur, petit artisanat, etc.) est devenu l’apanage de nombre d’économistes qui, eux, n’ont rien de marginal. Les micro-crédits sont aussi très présents dans les recommandations de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international. L’enjeu tient dans le développement économique harmonieux, mais l’effet est aussi sécuritaire; tant il est vrai que la déchirure d’un tissu socio-économique est indubitablement accompagnée de troubles graves, bien sûr dans les pays les plus démunis, mais aussi au sein des civilisations industrialisées. Au Liban, les banques devraient être concernées par ce nouveau produit, mais la culture en la matière en est à ses débuts dans les Q.G. de ces grands établissements; la volonté est là, mais le système même des microcrédits étonne encore. Avec les conséquences de la politique des responsables libanais, le pays du cèdre est peut-être concerné tout particulièrement par la lutte contre l’exclusion d’une partie importante de la population, la situation d’après-guerre ayant favorisé le chômage qu’il soit visible ou déguisé. Dans ce contexte, la micro-entreprise, phénomène du secteur informel de l’économie (exploitation relevant d’un individu et n’étant pas inscrite dans le cadre légal des entreprises), est sans doute un palliatif non négligeable. Toutefois, résoudre le problème du financement des petites entreprises libanaises n’est pas simple. Des esquisses de solutions ont été mises en place par certaines associations caritatives, mais l’idée du «crédit-solidarité», utilisé avec succès dans divers pays en voie de développement, ainsi que dans certaines zones fragiles de pays, tels les USA, pourrait apporter des solutions d’une autre envergure auxquelles les banques de la place devraient contribuer. La solution du «crédit-solidarité» Les caractéristiques essentielles de ce programme, ainsi que de ceux qui l’ont suivi à travers le monde dans les années 90 sont les suivantes: petits crédits (de 500 à 5000$) à des emprunteurs généralement exclus du circuit bancaire. Ces prêts sont distribués dans le cadre d’un «groupe solidaire», où la responsabilité du remboursement du crédit est collective. Typiquement, un tel groupe comprend cinq à dix agents économiques résidant dans une même localité, mais n’exerçant pas forcément la même activité. L’aspect le plus audacieux du programme réside dans le fait qu’aucun membre du groupe ne peut accéder à un nouveau crédit si tous les autres n’ont pas respecté leur échéancier. Par conséquent, l’intérêt du groupe est de prévenir tout incident de paiement. Par ailleurs, la volonté de chacun d’assurer le succès de son entreprise ne fait aucun doute. Seule la pression de la communauté fait office de garantie et aucune garantie réelle ni caution-expresse n’est demandée. Le taux d’impayés à ce jour reste très bas et de l’ordre de 4% sur quelque 100.000 crédits déjà accordés, alors que 60% des projets réussissent et se développent; un sur trois des micro-entreprises ainsi soutenues est créatrice d’un emploi. Ces organisations de microcrédits s’emploient à lever les fonds auprès de donateurs, d’épargnants, mais aussi de banques. Les établissements financiers qui participent à ces opérations s’assurent une clientèle nouvelle et avisée. Il faut noter que l’intérêt du programme, pour ces petits entrepreneurs, ne se limite pas au financement, puisqu’ils bénéficient également de l’assistance technique et comptable qui fait partie intégrante du programme. La fiabilité des plus démunis C’est toutefois, dans les pays où la plupart des individus sont sans ressources, qu’est né le crédit à la micro-entreprise. Plusieurs définitions pourraient être données à ce genre de crédit, mais l’essentiel réside dans l’inversion du vieux principe bancaire qui veut qu’on ne prête qu’aux riches. Ici, il s’agit justement d’accorder des prêts «sans filet» afin d’assurer la stricte survie de nombreuses familles dont les ressources ne tiennent qu’à la poursuite ou la création d’une activité économique aussi basique soit-elle. C’est en fait dans l’un des pays les plus pauvres de la planète, au Bangladesh, qu’a été organisée la première expérience à grande échelle de crédits aux individus dont la survie ne tenait qu’à une activité, somme toute précaire, mais assurant un strict minimum vital à la famille. Le rôle des femmes a d’ailleurs été mis en évidence et la plupart des crédits ont été octroyés à des femmes, jugées plus fiables dans beaucoup de situations extrêmes. Ces crédits sont de l’ordre de 50 à 300$ et sont prêtés sur une période d’environ un an. L’essentiel étant de fournir, par exemple, des poussins pour lancer un élevage de poules, ou une machine à coudre permettant de débuter une activité pour une mère de famille qui a la charge de ses enfants. Dans ce système, dans ces contextes particuliers des pays pauvres d’Afrique ou d’Asie, il est inutile de penser à une garantie réelle quelconque ou même à la caution d’un collatéral. C’est uniquement la «signature» de l’individu qui est engagée et sans doute sa fierté au sein de sa communauté, unique richesse de son existence. En effet, la communauté tout entière est responsable de chacun des emprunts. Selon les chiffres parus dans différents rapports, le système est fiable; quatre-vingt-dix-huit pour cent des prêts accordés sont remboursés et les emprunteurs se montrent solidaires, afin que toute la communauté, par exemple d’un village, ne soit pas pénalisée. Le fait d’accéder au crédit est d’autant plus important qu’il démarginalise toute une population autrefois exclue des circuits économiques classiques. L’enjeu au Liban Même si au Liban, le niveau social est bien plus élevé que celui de certains autres pays, le tissu de ces petites entreprises représente environ 100.000 unités finançables. Ce sont ces mêmes entités économiques et leur évolution en nombre qui, d’ailleurs, peuvent constituer une solution à la demande pressante d’emplois. Les grandes entreprises ne peuvent, en effet, absorber complètement le nombre croissant de demandeurs d’emploi, notamment, chez les jeunes Libanais (50% de la population) qui ont grandi au Liban ou qui sont de retour de l’étranger où la conjoncture n’offre plus les débouchés d’autrefois. En outre, tenter d’implanter de grosses entreprises dans certaines régions du Liban semble illusoire, alors que la multiplication de petites entreprises est de toute évidence adaptée au tissu de nos populations rurales. Sur un autre plan, en raison des coûts élevés de certains postes au Liban, le développement de grandes entreprises qui soient compétitives face à d’autres pays concurrents reste difficile. Par ailleurs, à la lumière de la forte augmentation de la population des demandeurs d’emploi face à la capacité relativement restreinte au plan des offres d’emploi tant du secteur public que du privé, une solution doit être trouvée contre le risque d’une explosion sociale. Les Libanais sont réputés pour leur esprit d’entreprise individuelle. Tout cela constitue des raisons supplémentaires, de plus pour encourager les toutes petites entreprises. Les banques libanaises devraient donc être les vecteurs et les coacteurs d’un système de soutien mis en place par le gouvernement, accompagné de subventions pour les micro-crédits. Gérard DE HAUTEVILLE
Le nerf de l’économie étant le crédit, plusieurs associations à travers le monde se sont adressées aux plus démunis, aux laissés-pour-compte qui ne sont pas nécessairement les êtres les plus sous doués. L’objectif de ces organismes, associations ou établissements financiers est de financer des projets économiques de très petite taille, à l’échelle individuelle. Aujourd’hui, véritable phénomène de société, le financement des micro-entreprises (taxi, garçon coiffeur, petit artisanat, etc.) est devenu l’apanage de nombre d’économistes qui, eux, n’ont rien de marginal. Les micro-crédits sont aussi très présents dans les recommandations de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international. L’enjeu tient dans le développement économique harmonieux, mais l’effet est aussi sécuritaire; tant il...