Le Vatican a exprimé ses réserves sur une déclaration conjointe catholique-luthérienne concernant la doctrine de la justification qui oppose les deux Eglises depuis le XVIe siècle. Cette doctrine est à l’origine d’«anathèmes», c’est-à-dire d’excommunications ou condamnations réciproques. Parmi les «majeures difficultés» qui s’opposent à un «consensus total» figure l’interprétation de la «concupiscence», indique le Vatican dans sa réponse qui a été présentée à la presse par le cardinal australien Edward Cassidy. Après quatre ans de discussions entre théologiens, une déclaration conjointe avait été publiée l’année dernière par la Fédération luthérienne mondiale et par le Conseil pontifical. «Selon la doctrine de l’Eglise catholique, en effet, tout ce qui est vraiment péché est effacé par le baptême, et Dieu ne hait donc rien en ceux qui sont nés à nouveau», a expliqué le cardinal Cassidy, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens. «Il s’ensuit, a-t-il ajouté, que la concupiscence qui demeure dans le baptisé n’est pas à proprement parler un péché», alors que pour les luthériens, la concupiscence demeure toujours comme tel. Les luthériens, selon leur interprétation de la doctrine de la justification, croient en substance que l’homme est toujours entaché du péché, même après le baptême, et que seul Dieu peut lui assurer la vie éternelle. Les catholiques estiment, au contraire, que grâce à ses actions et à ses bonnes œuvres, «toujours fruit de grâce», l’homme peut contribuer à son salut. Dans sa réponse à la déclaration conjointe, l’Eglise catholique reconnaît qu’un «niveau élevé d’accord a été obtenu» entre les deux Eglises, mais que «des divergences, tombant toujours sous le coup des anathèmes du concile de Trente (1545-1563), doivent encore être surmontées». On ne peut donc pas affirmer, souligne le texte de réponse, «que toutes les différences qui séparent les catholiques et les luthériens sur la doctrine de la justification sont des simples questions d’accentuation ou de langages», comme l’affirme la déclaration conjointe. L’Eglise catholique, ajoute la réponse, «tient à confirmer qu’elle souhaite que cet important pas en avant vers un accord sur la doctrine de la justification soit suivi d’autres études en vue de clarifier de façon satisfaisante les divergences qui subsistent encore». Le cardinal Cassidy a qualifié la déclaration conjointe de «pas fondamental» vers la réunification entre les deux Eglises. «Le consensus atteint sur la doctrine de la justification, en dépit de ses limites, a-t-il commenté, virtuellement défait le nœud d’une question longuement controversée, à l’aube du troisième millénaire». «A l’automne prochain, à une date qui reste à fixer, a-t-il annoncé, aura lieu la signature formelle de la déclaration conjointe dans le cadre de festivités pour le consensus atteint». (AFP)
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