Les régions russes, dont l’autonomie a été critiquée par Boris Eltsine, ont réussi au fil des ans à s’émanciper financièrement et politiquement de Moscou, au risque de mettre en danger la Fédération, estiment les experts. Le président russe s’en est pris aux régions les accusant de dérapage financier. Il a prôné un recentrage de l’économie autour de l’Etat, lors de la présentation d’un programme anticrise axé sur une diminution des dépenses et une amélioration de la collecte des impôts. Sur les 89 sujets de la Fédération de Russie — dont 21 républiques, 49 régions, 11 districts autonomes, 6 territoires, Moscou et Saint-Pétersbourg—, seule une poignée verse plus d’argent à l’Etat qu’elle n’en reçoit, selon la Banque mondiale. Or les analystes sont d’accord: une meilleure répartition entre les recettes de l’Etat et celles des régions permettrait de régler en grande partie la question du budget. «On dit souvent que le gouvernement ne collecte pas assez d’impôts. C’est faux: la totalité des recettes fiscales prélevées par le gouvernement et par les régions est supérieure à 30% du Produit intérieur brut, un niveau plus élevé que celui des Etats-Unis», relève un expert économique occidental en poste à Moscou. «Le problème c’est que les recettes fédérales sont inférieures à 10% du PIB, alors que celles des régions sont supérieures à 20% du PIB», poursuit-il. Alors que les recettes de l’Etat se sont dégradées depuis la chute de l’URSS en 1991, les régions se sont, elles, enrichies en multipliant les impôts locaux. «Et parce qu’elles sont les seules à transférer de l’argent dans les caisses fédérales, la dizaine de régions donatrices sont en position de force. Elles peuvent dire à l’Etat «si vous n’êtes pas contents nous arrêtons les transferts», poursuit cet expert occidental. Il s’agit des régions riches en matières premières, pétrole ou gaz, comme celles d’Ekaterinbourg (Oural) ou de Krasnoïarsk (Sibérie), les républiques du Tatarstan ou de la Bachkirie, ou Moscou. «L’erreur du président Eltsine a été de faire élire les gouverneurs au suffrage direct dans leurs régions (depuis 1993) car cela leur donne une plus grande indépendance vis-à-vis du pouvoir surtout pour les questions financières», estime Andreï Piontkovski de l’Institut d’analyse stratégique. «Le gouverneur, qui bénéficie ainsi de bases très puissantes, ne verse pas les impôts au budget, utilise les revenus du pétrole pour sa région tout en recevant des subventions de Moscou», poursuit M. Piontkovski. En février, Moscou avait accusé des régions, comme l’Altaï ou Novgorod, de détourner des fonds fédéraux destinés à payer les salaires en retard, et regretté l’émission parfois désordonnée d’emprunts obligataires. Ailleurs, certaines républiques constituent de fait «un Etat dans l’Etat» où Moscou n’arrive pratiquement plus à faire appliquer les lois fédérales. Comme au Tatarstan, en Bachkirie, où le président Mourtaza Rakhimov vient de se faire réélire avec un score digne de l’époque soviétique, ou en Kalmoukie, dirigée d’une main de fer par le multimillionnaire Kirsan Ilioumjinov. Depuis la dissolution de l’URSS, l’autorité centrale s’est tellement affaiblie que les citoyens qui ont changé de région rencontrent des obstacles bureaucratiques les empêchant notamment de bénéficier de leur couverture sociale, de toucher leurs pensions ou d’accéder aux soins médicaux, s’était plaint Boris Eltsine en octobre dernier. Pourtant, le président ne peut pas se permettre un conflit ouvert avec les régions, dont les représentants forment le Conseil de la Fédération. La Chambre haute du Parlement loyale au président, constitue un contrepoids à la Douma (Chambre basse) dominée par l’opposition nationalo-communiste. (AFP)
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