Loin de saluer les bonnes nouvelles en provenance des statistiques libanaises d’ordre financier et monétaire, le marché des changes de Beyrouth a manqué d’entrain la semaine dernière, avec comme corollaire une étroitesse des transactions entraînée par la contraction de l’offre du dollar. Mais, il n’en demeurait pas que la situation technique du marché restait à l’actif de la livre libanaise dont la demande à des fins de placements en bons du Trésor libanais maintenait la négociation du «billet vert» tout près du bas de la fourchette d’intervention de la Banque du Liban (B.D.L.), quoique le plus souvent en dehors de celle-ci. De fait, les opérateurs n’ont pas été très sensibilisés la semaine dernière, par la publication de chiffres officiels faisant ressortir une diminution du déficit budgétaire pendant les cinq premiers mois de l’année à 35,47% au lieu de l’objectif fixé à 42,5% par la loi des finances 1998, et ce en raison de la baisse des dépenses publiques et de l’accroissement des recettes du Trésor. Il en est de même de l’annonce par le gouverneur de la B.D.L. que la balance libanaise des paiements avait enregistré un excédent de 186 millions de dollars en avril, et que le taux d’inflation n’aurait pas dépassé quelque 5% fin mai, à un moment où l’on apprenait que les réserves de changes propres de la B.D.L. ont frôlé le seuil des 3 milliards de dollars à la mi-juin, après être tombées à moins de 2 milliards de dollars fin mars. Mais tous ces bons chiffres ainsi que la confiance manifestée par les marchés financiers internationaux pour les émissions obligataires libanaises telle que relevée par la revue spécialisée «Euromoney» dans son édition de juin 1998, qualifiant le Liban comme étant «le meilleur emprunteur du Moyen-Orient», ne devaient pas avoir d’impact suffisant sur le marché pour contrecarrer de façon durable les effets déprimants de la situation régionale, qui a constitué la semaine dernière, à l’occasion de la visite du chef du gouvernement aux Etats-Unis et des entretiens qu’il avait eus avec le président américain et son secrétaire d’Etat ainsi qu’avec le secrétaire général des Nations Unies, la préoccupation majeure de la communauté financière libanaise. Cela étant, l’offre du dollar n’a pas pris de l’ampleur la semaine dernière, pour ne dépasser que très rarement les besoins habituels du marché en cette monnaie. Il en a résulté un équilibre entre l’offre et la demande du «billet vert» tout près du point inférieur d’intervention de la B.D.L., le dispensant de l’acheter. Celle-ci, en procédant à l’abaissement de son taux à l’achat du dollar de 1511,50 à 1511,00 L.L., en un premier temps, puis de son taux à la vente de 1523,50 à 1523,00 L.L., en un deuxième temps, est parvenue ainsi à le faire clôturer vendredi dernier, au taux moyen indicatif de 1517,00 L.L. contre 1517,50 L.L. à la fin de la semaine se terminant, au vendredi 12 juin, en léger repli de 0,03%, correspondant au taux d’appréciation de la livre libanaise pendant la même période. Mais dans cette évolution, il est à signaler que le dollar continuait à être pratiquement négocié dans les échanges interbancaires au bas de cette fourchette d’intervention de la B.D.L. et en dehors de celle-ci, entre 1511,00 et 1511,50 L.L., témoignant de la propension de certains opérateurs à la vente plutôt qu’à l’achat, quoique dans des volumes d’affaires minces, reflétant la persistance d’un climat d’expectative sur le marché. A l’étranger, le principal événement de la semaine dernière a été la décision des Etats-Unis de voler au secours du yen par une action massive et concertée, la première de son genre entreprise par la Réserve fédérale et la Banque du Japon depuis février 1992, sur les marchés des changes internationaux. Ce développement, qui a pris les opérateurs de court, est intervenu contre une promesse du premier ministre japonais, Ryutaro Hashimoto, d’accélérer la relance de l’économie nippone, officiellement entrée en récession et qui paraît menacer non seulement l’Asie mais, par ricochet, les Etats-Unis voire même l’Europe. Ces interventions, qui auraient dépassé six milliards de dollars en l’espace de quelques heures sur les places asiatiques et américaines, mercredi dernier, n’ont pas tardé à contraindre les grands fonds de placements à se débarrasser du dollar au profit de la devise nippone, le faisant dégringoler de 146,75 yen jusqu’à 134,50. Cela d’autant que les marchés apprenaient que le secrétaire-adjoint au Trésor américain, Lawrence Summers, s’était rendu à Tokyo, où une réunion du groupe des «Sept» ( pays occidentaux les plus industrialisés) devait avoir lieu à la veille du week-end au niveau des suppléants des ministres des Finances de ce groupe avec leurs homologues du groupe asiatique de Manille pour décider des mesures à prendre pour surveiller de près l’évolution de la parité dollar-yen et pour restaurer la santé des économies asiatiques à travers la relance de l’économie japonaise. Dans cette perspective, les attaques à la baisse du yen ont tourné court malgré le sentiment que la réunion de Tokyo pourrait ne pas dégager d’initiatives concrètes en sa faveur. Cela d’autant que l’ordre du jour de cette réunion, axée sur la gravité de la situation économique du Japon et de son système financier mal en point avec des créances douteuses de quelque 566 milliards de dollars, est assez complexe pour permettre de concevoir et de mettre en place des plans d’assainissement. Mais quoiqu’il en soit, le fait que Washington ait prêté main-forte la semaine dernière, à Tokyo sur les marchés des changes pour soutenir le yen, a été le phénomène le plus déterminant de la tendance du dollar, compte tenu aussi des quelques statistiques ne justifiant guère toute dépréciation du yen. A cet égard, les opérateurs ont été mal impressionnés par l’annonce d’une nouvelle et forte aggravation du déficit commercial américain qui s’est encore creusé de 9,5% à 14,46 milliards de dollars en avril (le plus élevé depuis l’établissement de cette statistique en janvier 1992) contre 13,21 milliards en mars, dont 5,4 milliards avec le Japon, surtout après qu’ils eurent appris que l’excédent commercial japonais aurait atteint 8,9 milliards de dollars le mois dernier, dont 3,32 milliards avec les Etats-Unis. Certes, ces résultats, essentiellement dus à la nette diminution des exportations américaines de 2,6% en avril, ont nourri de profondes inquiétudes quant à la croissance future de l’économie aux Etats-Unis avec un dollar fort contre le yen, compromettant davantage la compétitivité des produits américains sur les marchés d’exportation. En outre, la baisse de 0,7% des mises en chantier dans l’immobilier américain le mois dernier, après 2,8% en avril, est venue justifier ces craintes de ralentissement économique. Ce sentiment a été renforcé par l’augmentation de quelque 13.000 personnes du nombre des demandeurs d’allocations-chômage aux Etats-Unis pendant la deuxième semaine de juin, vraisemblablement due à des suppressions d’emplois non-agricoles. Eu égard à toutes ces considérations et compte tenu surtout des interventions concertées des Banques centrales américaine et japonaise en faveur du yen, les opérateurs se sont montrés indifférents à l’augmentation de 0,5% de la production industrielle américaine le mois dernier contre 0,3% en avril, ainsi qu’à la hausse de 0,3% des prix à la consommation contre 0,2% pendant la même période, et ont continué à se débarrasser du dollar non seulement contre le yen mais face aux autres grandes monnaies, dont le sterling qui a bénéficié d’anticipations à la hausse de son loyer après la multiplication des signes inflationnistes en Grande-Bretagne. Il a, en effet, achevé la semaine à New York, vendredi dernier, en comparaison avec la semaine se terminant au vendredi 12 juin, en baisse comme suit : — 136,10 yen contre 144,75 (—5,98% ). — 1,6740 pour un sterling contre 1,6325 ( —2,48% ). — 5,9935 F.F. contre 6,0545 (—1,01% ). — 1,7885 D.M. contre 1,8055 (—0,94% ). — 1761,00 lires contre 1779,00 (—1,01% ). — 1,4965 F.S. contre 1,4985 (—0,13% ). Forte reprise de l’or Reflétant l’accès de faiblesse du dollar et les craintes liées à la situation économique préoccupante des deux côtés du Pacifique, les cours de l’or se sont fortement repris la semaine dernière, sur des rachats du découvert, les portant à New York, vendredi dernier, à 299,- dollars l’once contre 285,30 dollars à la fin de la semaine qui l’avait précédée, en hausse de 4,80% en moyenne. En parallèle, l’argent-métal s’est nettement apprécié aussi, progressant à New York, vendredi dernier, à 5,3440 dollars l’once contre 5,0930 dollars à la fin de la semaine se terminant au vendredi 12 juin, en hausse de 4,93% en moyenne.
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