L’OTAN, devenue une spécialiste des Balkans et de la gestion des crises qui ont succédé à 40 ans de guerre froide, lancera samedi sa troisième opération de paix en Bosnie depuis 1995, qu’elle conçoit cette fois sans fin programmée. Le terme de la mission de la SFOR I échoit le 20 juin à 12h00 GMT. Lundi, le Conseil de Sécurité de l’ONU a autorisé à l’unanimité le maintien d’une force de paix de l’OTAN en Bosnie, se distinguant toutefois des projets de l’Alliance en spécifiant que son accord n’était valable que «pour un an». Selon un diplomate, la Russie a refusé l’idée d’une mission «indéterminée» et imposé un nouvel examen dans un an à l’ONU de la situation en Bosnie, même si une nouvelle prolongation, comme celle décidée lundi soir, devrait rester un exercice assez formel. Contrairement aux opérations menées par l’IFOR et la SFOR I, respectivement prévues pour un an et 18 mois, le plan «Œuvre commune» (Joint Forge) concocté par les stratèges de l’Alliance atlantique n’intègre pas de fin de mission. Il prévoit, jusqu’aux élections de Bosnie des 12 et 13 septembre prochains, le maintien des effectifs actuels de la SFOR (30.000 hommes) et une révision tous les six mois du dispositif militaire. Les alliés espèrent entamer une réduction de leurs troupes à la fin de l’année. Personne n’est cependant en mesure aujourd’hui de dire si ce souhait pourra se réaliser. Depuis le déploiement terrestre de l’OTAN en Bosnie en 1995, «beaucoup a été fait mais beaucoup reste à faire», s’accordent à dire les 16 membres de l’Alliance. «Les progrès sont plus le fait des pressions internationales et d’une imposition de décisions que d’une volonté personnelle des trois parties en présence», reconnaît un responsable de l’OTAN sous couvert d’anonymat. A plusieurs reprises, le secrétaire général de l’OTAN, Javier Solana, a reproché aux Serbes, Croates et musulmans de Bosnie «de ne pas en faire assez», en leur indiquant que «la patience de la communauté internationale avait des limites». Après l’interposition de l’IFOR (1996), la mise à l’écart des ultranationalistes serbes (1997) à laquelle a contribué la SFOR, la nouvelle force de paix aura pour mission principale d’aider au retour des réfugiés dans un pays ravagé par quatre ans de guerre. Par rapport à la SFOR I, la nouvelle unité multinationale, dirigée par le général américain Eric Shinseki et à laquelle participent une trentaine de pays, comprendra pour la première fois une unité de policiers spécialisés d’environ 600 hommes. Seules l’Italie et l’Argentine ont accepté de participer à cette unité de maintien de l’ordre, créée à l’initiative des Etats-Unis, et regardée avec beaucoup de méfiance par une majorité d’Européens. (LIRE PAR AILLEURS). Les autres principales modifications seront une réduction du contingent américain, une augmentation des effectifs ukrainiens, la disparition de l’engagement malaisien et son remplacement par un bataillon belge. L’OTAN a par ailleurs proposé aux Russes d’occuper pour la première fois des postes au sein du quartier général établi à Sarajevo, qui sera formé en partie — autre innovation — par des éléments du commandement du Corps européen (Eurocorps). Sur le terrain, des conflits d’intérêts ont parfois provoqué quelques craquelures dans la cohésion de la coalition exceptionnelle réunie pour assurer la paix en Bosnie. L’attitude des Américains, en camp retranché dans le nord du pays, contrairement aux Britanniques qui se mêlent au maximum à la population, les accusations d’inaction lancées contre les Français quant à l’arrestation de criminels de guerre présumés, en ont été quelques exemples. Dans le nouveau plan d’opération, aucun renforcement du mandat de la SFOR n’est prévu pour arrêter les criminels de guerre présumés les plus célèbres de Bosnie, l’ancien chef serbe Radovan Karadzic et son bras droit militaire Ratko Mladic. (AFP)
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