Ostéoporose, sonnette d’alarme: la commission ad hoc désignée par le Parlement européen vient de rendre son verdict à Bruxelles où le Liban était en quelque sorte l’invité d’honneur. Car à l’actif de ce pays, une des meilleures diffusions des données concernant ce mal silencieux. L’ostéoporose, phénomène d’effritement des os dont les conséquences n’apparaissent que tardivement dans la vie, généralement à la faveur d’une fracture, menace de se développer de manière dramatique. En effet, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), un tiers des femmes de plus de 50 ans risque la lésion osseuse par suite d’ostéoporose. L’Union européenne, qui vient donc de rendre publics les résultats d’un rapport sur la maladie et les moyens de prévention a tiré la sonnette d’alarme. L’OMS en fait une de ses priorités. «Téo» et «Rose», personnages fictifs qui tirent leurs noms du nom-même de la maladie (osTEOpoROSE) étaient aussi de la partie, sillonnant les couloirs du Parlement, le premier donnant des conseils culinaires -vantant notamment les bienfaits d’une nourriture enrichie en calcium- la deuxième insistant sur l’importance des exercices physiques. Nourriture saine, sport, consommation modérée d’alcool et de tabac, sont les trois conseils à suivre pour limiter la perte osseuse et les risques de fracture douloureuse. Récemment répertoriée comme maladie, l’ostéoporose a longtemps été considérée comme un phénomène normal de vieillissement, qui se déclare soudainement à la suite d’un accident entrainant une fracture. «Ce voleur silencieux» commence à être bien connu, la recherche a mis au point tous les moyens de le détecter, de le mesurer, de le prévenir et de le traiter. Cependant, les pouvoirs publics nationaux restent réticents quant aux dépenses à engager en matériel de mesure (ostéodensitométrie) et en examens de prévention et de dépistage. «La sécurité sociale en France rembourse le traitement mais pas l’examen qui détecte la perte de densité osseuse et sur la base duquel on détermine le traitement. C’est une aberration» fait remarquer, en coulisse, un médecin français. Population à risque Le rapport note qu’un Européen sur huit âgé de 50 ans et plus sera victime d’une fracture de la colonne vertébrale; que l’ostéoporose coûte aux Européens 3,5 milliards d’écus par an en soins hospitaliers; que les malades occupent un demi million de lits par an et que ce chiffre devrait doubler en 50 ans... Les populations à risque sont les femmes après la ménopause; les sujets ayant des antécédents familiaux, ou une constitution fragile; les anorexiques; les fumeurs. Il faut définir cette population et lui appliquer les traitements préventifs. Tout le travail consistant essentiellement à prévenir les fractures. Au niveau international, la race blanche et la race jaune sont les plus exposées, alors que les Africains le sont moins. Mel Read, présidente de la commission européenne de la santé, a souligné que la priorité pour les ministères nationaux devrait être «dans la politique menée en direction des jeunes. Les inciter à manger sain, à bouger, à réduire leur consommation d’alcool et surtout de tabac». Remarquant que les pouvoirs publics justifient souvent leur inaction par les coûts élevés générés par la prise en charge des examens de dépistage et des traitements, elle a mis en garde contre «le coût humain» très élevé à payer si rien n’est fait. Répertoriée et définie avec précision par l’OMS en 1992 seulement, l’ostéoporose «est une maladie» a estimé le Dr André Prost, représentant de l’organisation internationale, «car les fractures qu’elle entraîne -vertèbres, col du fémur, avant-bras- sont cause d’invalidité et de mortalité importante, avec des coûts directs élevés pour les services de santé». Il a affirmé qu’«un tiers des femmes de plus de 50 ans aura une lésion osseuse due à l’ostéoporose. Avec le vieillissement de la population mondiale, le nombre de fractures liées à cette maladie va sans doute doubler dans les vingt prochaines années». Rappelant que l’ostéoporose est une maladie que l’on sait prévenir, diagnostiquer et traiter, le Dr André Prost s’est demandé pourquoi aucune action n’est menée. «Il nous manque une prise en charge sociale effective des coûts d’une prévention ciblée et des traitements. Il manque dans la plupart des pays, des stratégies de dépistage et des directives claires sur l’emploi de la substitution hormonale», a-t-il souligné. C’est la «Direction de la santé publique et de la santé au travail» (du département européen de la santé) qui a initié cette étude, dans le cadre du programme d’action consacré à la «Promotion de la santé». Dans ce programme, c’est la section gériatrie qui finance l’étude sur l’ostéoporose en Europe. Coordinateur du projet, le Dr Henriette Chamouillet, pédiatre et médecin de santé publique, précise que «ce rapport a été établi en coordination avec des médecins et des spécialistes de 14 pays européens». La première réunion a eu lieu en février 1996. Le rapport de 120 pages ne sera pas prêt à consultation avant une petite année, le temps de la faire traduire en une dizaine de langues différentes. Mission qui incombe, pour la version arabe, au Liban. «Le budget pour cette étude a été de 150.000 écus pour la première partie et de 100.000 écus pour la deuxième (la diffusion)», souligne Mme Chamouillet. L’étude menée constitue une base de données à partir de laquelle des normes pourront être définies et adaptées en fonction de chaque Etat. «Il est important que les ministères nationaux prennent conscience de l’état des équipements hospitaliers», souligne Mme Chamouillet. «Définir avec exactitude ce qui existe et ce qui manque, cela constitue une sorte de pression indirecte. Quant à la prise en charge, le travail est plus long» constate-t-elle. Réaliste, elle ajoute que «cette étude a été menée dans le cadre d’une promotion de santé globale. Prévenir l’ostéoporose, c’est prôner un mode de vie sain. Cette maladie est encore loin d’être une priorité en santé publique». Calcium et vitamine D Le professeur Socrates Papapoulos, expert, comme son nom ne l’indique pas, pour les Pays-Bas, a souligné que «pendant des années, le lait, trop riche, nous a terrorisés à cause des maladies cardio-vasculaires; on nous a dit de nous méfier du soleil -qui permet de fixer la vitamine D- de peur des cancers de la peau. Le lait allégé conserve toutes ses propriétés nutritionnelles (calcium) sans les matières grasses; l’exposition modérée aux rayons du soleil donne au corps ce dont il a besoin pour développer et fixer la vitamine D, essentielle dans la conservation de la densité osseuse. Dans toute chose, la modération doit être la règle, et à chaque âge son rythme de vie, son régime alimentaire...». Le Pr Papapoulos a affirmé que le fait de suivre ces règles de vie n’évitait pas la maladie, pour autant car «il y a le facteur héréditaire». Quant aux traitements, ils ne permettent pas de guérir l’ostéoporose, mais de stabiliser la densité osseuse et dans certains cas de l’augmenter dans une proportion allant jusqu’à 8%. Abordant le chapitre des traitements, il en a défini deux genres: les hormones «ont prouvé leur efficacité, mais ils ne sont à administrer qu’après examen approfondi afin de déterminer si le patient appartient à la population à risque (notamment cancer), ayant des antécédents familiaux. Derniers nés, il y a moins de trois ans, les hormones réceptifs «selectors modulators», dont les effets restent à vérifier. Ensuite, les biphosphates, très efficaces dans la prévention des fractures quand l’ostéoporose est déjà déclarée». Les recommandations de la commission résument parfaitement les points développés par les spécialistes et s’énumèrent comme suit: — L’ostéoporose doit être admise comme priorité dans toute politique de santé. — La nutrition joue un rôle important dans la santé des os. Il faut donc développer l’information destinée au public et aux responsables de la santé à propos de la consommation de calcium et de vitamine D, à tout âge. — Le meilleur moyen de prescrire un traitement efficace est d’établir un diagnostic fiable et précis. Il faut rendre les moyens de mesure de la densité des os accessibles et remboursables pour les sujets à risque. — Les médicaments pour la prévention et le traitement sont disponibles. Il convient de mettre au point une stratégie, des lignes principales pour un traitement standard remboursé. La délégation libanaise présidée par le Dr Ghassan Maalouf, secrétaire général de la Société libanaise de lutte contre l’ostéoporose, comprenait M. Marwan Hamadé, ancien ministre et membre de la commission parlementaire de la santé; Mme Nehmat Kenaan, directrice générale du ministère des Affaires sociales; Hélène Andréa, responsable des relations presse pour la Société libanaise de lutte contre l’ostéoporose; et Grace Estefan du secteur pharmaceutique. La journée mondiale de l’ostéoporose est fixée au 24 juin. Le Liban, à l’instar de l’Afrique du sud et du Royaume-Uni, jouera les prolongations, puisque la campagne y durera une semaine. L’ostéoporose doit être reconnue, prise en charge et traitée pour rendre le troisième âge moins difficile à aborder. Et à vivre.
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