Une étudiante dialogue sur un «chat-room» (salon de conversation) d’Internet, pendant que son voisin consulte sur son ordinateur les résultats du championnat américain de basket-ball: la scène ne se déroule pas sur un campus californien, mais en Mongolie. La Mongolie, où le chemin de fer n’est arrivé qu’au milieu de ce siècle, a longtemps été coupée du reste du monde par son enclavement total entre les géants russe et chinois. La grande majorité de ses 1,5 million de kilomètres carrés est constituée de montagnes et de steppes désertes, dont la monotonie n’est rompue que par le passage d’un nomade à cheval menant à la baguette son troupeau de chèvres. Mais cet isolement séculaire n’empêche pas une partie au moins de la jeunesse d’Oulan-Bator de vibrer aujourd’hui au rythme de la planète. Byamgasuren Tuul, une étudiante de 21 ans, n’a quitté son pays qu’une seule fois, à l’âge de 12 ans, pour un bref voyage à Moscou. Cette jeune fille brune au visage fin maîtrise cependant l’ordinateur depuis six ans, et elle cite la chaîne musicale NTV comme sa préférée parmi le bouquet qu’elle reçoit par satellite dans l’appartement familial d’Oulan-Bator. «Il est impossible de réussir dans son métier sans maîtriser l’ordinateur, surtout pour moi qui veux me spécialiser dans les finances», explique posément cette étudiante. Autour d’elle, l’activité est fébrile devant les 24 ordinateurs de l’Université d’Oulan-Bator. La connexion sur Internet est un des axes de la modernisation de l’Ecole des sciences économiques, menée dans le cadre d’un programme TACIS financé par l’Union européenne. Dans une salle voisine, des paquets de couches-culottes et de lessive s’entassent sur le bureau du professeur: des représentants du géant américain Procter and Gamble présentent les produits de leur société dans le cadre d’un cours de marketing. Américanisation L’américanisation de la jeunesse d’Oulan-Bator saute aux yeux. La place centrale de la capitale est sillonnée par des dizaines d’adolescents en roller-skates ou en VTT, d’autres jouent au basket à quelques mètres du siège du gouvernement. En face, l’effigie de Lénine orne toujours un austère bâtiment gris de conception soviétique, vestige de soixante dix ans de régime communiste mongol. Mais à l’intérieur, la boîte de nuit «Top Ten», la plus courue de la ville, ouvre sa scène à des chanteurs locaux de rap. Cette ébullition n’est certainement pas représentative de l’ensemble du pays. Oulan-Bator a beau héberger un quart des 2,3 millions d’habitants de la Mongolie, il suffit de faire quelques kilomètres hors de la capitale pour apercevoir les premiers «guers», ces tentes en peau utilisées depuis toujours par les éleveurs nomades («yourtes» selon l’appellation russe). Un de ces éleveurs rencontré à une heure de route d’Oulan-Bator explique qu’il vit au même rythme que ses ancêtres, se déplaçant avec son troupeau de 200 chèvres, 10 vaches et 10 juments. Seule signe de modernité: un VTT aux couleurs éclatantes posé sur la toile de sa tente. Comme lui, 45% de la population mongole continue de travailler dans l’agriculture, qui génère toujours près de 37% du produit intérieur brut. «Peut-être n’existe-t-il nulle part ailleurs dans le monde une telle différence ente la capitale et le reste du pays», estime l’Allemand Jan Felgentreu, qui dirige un centre d’accueil des enfants de rue dans un quartier déshérité d’Oulan-Bator. Le fossé qui se creuse entre la ville et la campagne est un des dangers relevés dans le dernier rapport annuel du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). «La Mongolie d’aujourd’hui demeure un mélange de moderne et d’ancien. (...) Un individualisme et un consumérisme inédits voisinent avec le respect traditionnel pour les anciens, et avec les «vieilles valeurs» d’assistance familiale mutuelle. (...) Il reste à savoir sur quoi déboucheront ces tensions, à mesure que le Mongolie tombe sous l’influence de la culture globale», note le rapport. (AFP)
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