Des scientifiques sud-africains travaillant pour l’armée d’apartheid avaient projeté d’endommager le cerveau de Nelson Mandela avant sa libération de prison, a expliqué un témoin devant la Commission Vérité et Réconciliation (TRC). La commission, qui procède à des auditions sur le programme chimique et biologique de l’armée d’apartheid, a par ailleurs rendu public un document gouvernemental de 1986 évoquant la possibilité de provoquer un affaiblissement des capacités intellectuelles de Mandela. Schalk van Rensburg, un vétérinaire de renommée mondiale qui travailla au centre de recherche militaire de Roodeplat dans les années 80, a indiqué qu’il avait discuté de la perspective de la libération du dirigeant du Congrès national africain (ANC) avec son directeur de recherche, Andre Immelman. Ce dernier lui avait dit de ne pas trop s’inquiéter de la perspective de la libération de Mandela, «car son cerveau va se détériorer à temps». Il a dit à la TRC qu’il avait compris cette remarque comme un projet de «réduire le niveau d’efficacité (de Mandela) en provoquant un endommagement du cerveau». Van Rensburg a souligné qu’il ne savait pas si ces projets furent jamais mis à exécution. Mandela a été libéré en 1990, après vingt-sept ans passés dans les prisons du régime d’apartheid. Un document gouvernemental élaboré en 1986 — quatre ans avant la libération de l’actuel président sud-africain — par le Conseil de la Sécurité d’Etat (SSC), passait en revue différentes options pour la libération éventuelle de Mandela. «La possibilité que sa santé soit affaiblie au point que, lors d’une libération ultérieure, il ne soit le leader de la révolution que pour un court moment, ne peut pas être écartée», note le document du SSC. Van Rensburg a estimé que cette phrase était une référence aux actions prévues pour affaiblir l’état de santé de Mandela. Mais les avocats de l’ancien directeur du centre de recherche de Roodeplat, Wynand Swanepoel, a affirmé qu’il s’agissait simplement de souligner que la prolongation de la détention du prisonnier mènerait à une détérioration naturelle de sa santé. «Project Coast» Mis en place par l’ancien président P.W. Botha, le SSC était l’organe suprême de coordination gouvernemental de la politique de sécurité de l’apartheid. La TRC a également été informée que le SSC avait approuvé le programme militaire de recherche chimique et biologique, baptisé «Project Coast». Dans un témoignage écrit, le directeur de la recherche à Roodeplat, Andre Immelman, a souligné que le directeur de ce projet, le Dr Wouter Basson, avait autorisé des agents secrets militaires à prendre livraison de différents produits chimiques destinés à combattre les ennemis de l’apartheid, décrits devant la TRC mardi par M. Van Rensburg: chocolats empoisonnés, bouteilles de bière au thalium, cigarettes au cyanure, entre autres. Une grande partie de l’audience a porté sur la nécessité de contraindre à témoigner le Dr Basson, cerveau du programme «Project Coast». Ce personnage de 47 ans, à la réputation sulfureuse, est connu des services secrets du monde entier: plusieurs pays, dont les Etats-Unis, l’accusent de trafic de technologie militaire. Il est aussi suspecté d’avoir vendu son immense savoir à plusieurs pays, et notamment à la Libye, selon des sources informées. Le Dr Basson, qui était devenu chef de service dans un hôpital militaire de Pretoria, a coulé une existence tranquille jusqu’en janvier 1997, date à laquelle la police l’a arrêté pour trafic de stupéfiants — en liaison avec un laboratoire privé issu d’une des sociétés-écran créées par les services spéciaux de l’apartheid. Depuis, de fil en aiguille, la justice a réuni contre lui un volumineux dossier: il doit être jugé le 3 août pour une dizaine de fraudes portant sur plus de 30 millions de rands (à l’époque au moins 10 millions de dollars). (AFP)
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