Si la énième fusillade à Phnom Penh a fait la Une cette semaine, c’est que la victime était un journaliste connu et le mobile peut-être politique. Mais beaucoup d’habitants de la capitale vivent chaque jour sous la menace des armes, symptôme d’une société déchirée par des décennies de violence. Thong Uy Pang, directeur du journal populaire «Koh Santepheap» Ile de Paix), a été blessé par balles par un inconnu dans un temple de l’une des principales artères de Phnom Penh, en plein jour. Les motifs de l’attentat n’ont pas été élucidés. L’incident viendra grossir les pages des faits divers de la presse, répertoriés ad nauseam dans une colonne spéciale du Phnom Penh Post — la lecture obligée des expatriés — sous le titre évocateur de «Police Blotter» (registre de police). Un jeune homme, empêché d’épouser la femme qu’il aime, règle le contentieux avec sa belle-famille à coups de pistolet ou de grenade. Une querelle d’automobilistes dégénère en fusillade, un vieux conducteur de cyclo-pousse qui dormait le long du trottoir est tué net par une balle perdue. Un adolescent se dispute avec sa petite amie, sort un revolver et ouvre le feu, la balle, ricoche et abat une autre fille qui tentait d’apaiser les esprits. La liste est interminable et absurde. «Même pour une petite fâcherie, certains se serviront d’une grenade ou d’un pistolet simplement parce qu’ils n’ont aucun respect pour la vie humaine», témoigne Som Sam Oeur, un homme d’affaires de Phnom Penh dont le fils de 14 ans a été enlevé l’an dernier et séquestré pendant plus de 24 heures. Il a déjà envoyé sa fille de 19 ans étudier en Nouvelle-Zélande. Son fils, qui dit-il est «terrorisé et désormais protégé en permanence par des gardes du corps», doit suivre ce mois-ci. A la grenade Les règlements de comptes à la grenade sont relativement courants, entre gangsters, entre hommes d’affaires concurrents ou même au sein d’une famille. Les hommes politiques de tous bords sont prompts à condamner «la culture de la peur, de la violence et de l’impunité au Cambodge», sans pour autant que les choses s’améliorent, bien au contraire. Même la défaite récente des maquisards khmers rouges dans le nord du Cambodge, un puissant facteur d’instabilité et d’insécurité, ne mettra pas fin à la violence, prédisent les analystes. Les transfuges de la guérilla et les soldats démobilisés revendent aujourd’hui leurs armes au plus offrant pour nourrir leurs proches. Elles finissent sur le marché noir à Phnom Penh, où l’on peut s’offrir son fusil d’assaut AK 47 pour 60 dollars et faire l’économie du permis de port d’arme. Il suffit de demander à l’échoppe de rebut militaire s’«il y a quelque chose d’autre» pour aller avec les vieux treillis. «Le pistolet est la solution de facilité, de plus en plus, quel que soit l’objet de la dispute», explique un membre d’une association humanitaire qui souligne que «même les forces de sécurité et la police n’hésitent pas à sortir l’arme du fourreau». Il est impossible de chiffrer le nombre d’armes en circulation au Cambodge. Les autorités municipales de Phnom Penh ont commencé à établir des barrages routiers dans les zones où l’on peut se procurer des armes sous le manteau, mais le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Khieu Sopheak, est le premier à reconnaître que le «problème est rendu très complexe par l’héritage de décennies de guerres dans ce pays».(AFP)
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