Belgique-Pays-Bas, samedi soir (22h00 heure de Beyrouth) au Stade de France, à Saint-Denis, sera le 117e choc, depuis 1905, entre deux voisins qui se connaissent autant qu’ils se redoutent, dans un Groupe E comprenant aussi le Mexique et la Corée du Sud. Lors des éliminatoires, les Pays-Bas n’avaient pas fait de détail: 3-0 à Bruxelles et 3-1 à Rotterdam. Du coup, les Diables Rouges avaient dû avoir recours aux barrages, contre l’Eire, pour participer à leur cinquième phase finale consécutive de Coupe du monde. Et obtenir le droit de retrouvailles explosives contre les Pays-Bas. La quête de billets a atteint des sommets, avec 200.000 demandes. Des milliers de Néerlandais et de Belges en ont acheté, mais certains ne les ont jamais reçus. Comme dans d’autres pays, la faillite de la société anglaise Great Portland Entertainment a fait des ravages dans les rangs des fans. Pour peu que tous ces déçus viennent se retrouver sur le parvis du Stade de France, sans avoir la moindre chance d’assister au match, la situation sera vraiment délicate. Programmé un samedi soir dans la banlieue nord de Paris, ce match à haut risque permettra de voir si le dispositif français peut tenir le choc. Sur le terrain, l’escadron batave part largement favori avec les frères Frank et Ronald de Boer, le «Madrilène» Clarence Seedorf, champion d’Europe en titre, les «Milanais» Aron Winter et Patrick Kluivert, mais aussi le petit Marc Overmars, intenable en ce moment. A eux deux, Kluivert et Overmars ont marqué 6 des 10 derniers buts des «Orange», contre le Paraguay et le Nigeria. Bergkamp en cours de match? Seul petit accroc, Dennis Bergkamp, le stratège d’Arsenal, ne devrait pas être titulaire au coup d’envoi. «Il est tout près de revenir, même s’il n’a pas joué depuis plusieurs semaines», a confié le sélectionneur Guus Hiddink. Si Bergkamp entre en deuxième période, cela compliquera un peu plus la tâche des Belges. «Je roule avec un diesel contre une Formule 1», dit le sélectionneur belge, Georges Leekens, «mais nous n’avons rien à perdre et nous ne devons pas avoir peur». En quelques mois, le rusé Leekens a transformé une pâle sélection belge en équipe sans complexes, dotée d’un duo d’attaque performant composé de Luc Nilis et de l’ex-Brésilien Luis Oliveira. Autour du vieux capitaine Franky Van de Elst, 37 ans et bientôt quatre Coupes du monde au compteur, de Marc Wilmots et de Danny Boffin, les Diables Rouges se préparent pour un «match physique», en comptant avant tout sur leur «solidarité». «Il faudra être agressif, dans le bon sens du terme, et ne pas oublier de jouer», prévoit Enzo Scifo, qui participe lui aussi à son 4e Mondial mais ne sera pas dans le onze de départ. «Les Néerlandais sont meilleurs que nous. Si nous les attendons dans notre rectangle, nous n’avons aucune chance», ajoute le coach belge. La «référence», c’est le match de 1994 à Orlando, au premier tour de la World Cup américaine, quand les Diables Rouges avaient pressé les Orange (1-0) sous le soleil de Floride. Les Bataves n’ont pas oublié ce match. Comme ils l’avaient perdu, ils brûlent d’envie de prendre leur revanche... La police prête à arbitrer la troisième mi-temps entre frères ennemis Impossible d’y échapper... Néerlandais et Belges vont à nouveau se retrouver face à face, samedi au Stade de France, et les policiers français sont prêts à arbitrer à leur façon la troisième mi-temps de ce nouveau duel entre frères ennemis. Ce match «à hauts risques», a fait l’objet d’une longue préparation, au niveau sécuritaire. Policiers français, belges et néerlandais ont coopéré pour limiter les risques d’affrontements entre hooligans. Séparés dans les trains, ceux-ci auront toutefois l’occasion de prendre contact, l’espace de trois ou quatre heures, sur le réseau autoroutier, avant de parvenir au stade de France à Saint-Denis, au nord de Paris. Le goût amer de la défaite ne s’efface jamais réellement, tant les confrontations entre les deux nations sont fréquentes. Car le sort prend un malin plaisir à opposer les deux nations. Des points communs Les hooligans des deux pays ont bien des points communs. Nationalistes, de condition modeste, âgés de 16 à 30 ans, ils pratiquent majoritairement les mêmes langues. Les Néerlandais s’expriment plus volontiers dans l’ombre de Feyenoord Rotterdam ou de l’Ajax d’Amsterdam, et ils s’illustrent tout particulièrement dans les trains, qu’ils ont coutume de saccager. Leurs homologues belges se déplacent dans le sillage d’Anderlecht (Bruxelles), d’Antwerp (Anvers) et de Liège. Autopompes et gendarmes à cheval ne les effraient guère. Un rapport rédigé par deux criminologues belges en 1987, deux ans après le drame du stade du Heysel (39 morts, 450 blessés), mettait déjà en lumière l’existence d’une internationale du hooliganisme, liée à l’extrême droite. Il citait l’exemple de la programmation d’une expédition musclée des «supporteurs» du club néerlandais du FC Den Bosch à l’occasion d’un match Anderlecht-Standard de Liège ayant tourné à l’émeute. Bon nombre de hooligans belges gravitent, pour leur part, autour du groupuscule nationaliste flandrien Vlaamse Tak, très actif à Anvers. Les responsables de la sécurité ont cependant quelques raisons de garder leur sérénité. La majorité des supporteurs repartira le soir même, et les incidents sont beaucoup plus rares au niveau des équipes nationales qu’au niveau des clubs. Mais, bien qu’ils les démentent, les rumeurs de marché noir, susceptible de permettre le regroupement de hooligans, vont bon train. Si, sur le terrain, les Néerlandais, beaucoup plus massivement soutenus, partent favoris, l’incertitude est beaucoup plus grande quant au résultat de la troisième mi-temps, à la gare du Nord à Paris et dans les trains du retour.
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