Au début, dans les temps très reculés, la vaisselle de table était en pierre. Une pierre plate qui recevait les morceaux de viande grillés au feu et les produits comestibles qui les accompagnaient. Puis, nos très lointains aïeux mangeaient dans du métal: fer ou étain, l’étain très poli brillait, reflétait la lumière sans l’absorber et flattait le regard pendant que son contenu satisfaisait palais et estomac. Deux siècles avant notre ère, les Chinois avaient découvert l’art de fabriquer une matière très fine, presque translucide qui, elle aussi, pouvait jouer avec la lumière. L’Europe a mis du temps, beaucoup de temps, avant d’atteindre pareil résultat à partir de cette même matière. C’est la Saxe qui, la première, a découvert le secret de la porcelaine, sans toutefois atteindre la performance chinoise. En France, la manufacture de Sèvres s’évertuait dans la recherche éperdue et la mise au point de cette mystérieuse matière. Puis un jour, en 1768, une habitante de la Haute-Vienne, manquant de savon pour blanchir son linge, employa une poudre blanche recueillie dans un champ, près de son hameau. C’était du kaolin (argile blanche) que le médecin de la contrée, qui s’occupait de sciences, signala à la manufacture de Sèvres. C’est alors seulement que la France a découvert ce qui ferait sa fortune et la notoriété de la porcelaine de Limoges. Aussi étonnant que ça puisse paraître, une enquête entreprise en France, dans les années 70, révélait que la majorité des femmes de ce pays (producteur) considéraient la porcelaine comme produit de luxe. Pour elles, chère à l’achat, elle nécessiterait des frais élevés car il fallait accorder, autour d’elle, le mobilier, le linge de table, l’argenterie appropriés. De surcroît, elle ne servirait qu’à de rares exceptions, sa grande fragilité interdisant l’usage fréquent et encore moins le quotidien. Visiblement, les dames françaises d’il y a 25 ans n’étaient pas bien informées. Ce prix de la porcelaine, en effet, même celle de Limoges ou de la manufacture de Sèvres dépend, en plus de sa qualité, des motifs qui l’ornent. Décorée à la main, avec du matériel précieux tel l’or, elle atteint les prix des œuvres d’art. En revanche, un service de table blanc uni avec un filet de couleur peut être acquis à un prix n’ayant absolument rien d’exorbitant. De surcroît, la porcelaine est plus facile à laver que la faïence, car les taches ne s’y incrustent jamais et elle ne perd pas, à l’usage, sa brillance. Avantage: moins lourde que la faïence, donc plus commode à ranger sur les étagères des meubles modernes. A signaler que depuis une quinzaine d’années les grandes maisons françaises prévoyaient des services «économiques» pour jeunes ménages qui s’installent, pour 8 couverts (au lieu de 12) totalisant 16 assiettes plates, 8 assiettes creuses, 8 assiettes à dessert, un grand plat ovale, 1 soupière pouvant aussi servir de saladier et dont le couvercle se transforme en plat de service creux, son bouton, plat et stable, servant de pied. Il en est de même pour le légumier et son couvercle. Les dimensions des appartements, le service domestique réduit, la simplification de l’accueil et les mœurs font que les services classiques de 72 pièces, de trois jeux d’assiettes plates pour un jeu de profondes, soient de plus en plus abandonnées au profit de «huit couverts». Les services de table d’antan avec leurs séries d’assiettes, les raviers inutiles, les saucières et les jeux de salières semblent anachroniques. Sans oublier que de nos jours, on change de moins en moins d’assiettes d’un bout à l’autre des repas. En outre, les plats de service, longs ou ronds, en argent, et les légumiers complètent fort joliment une table.
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