Un «fossile» vivant, vieux de 350 millions d’années, le crabe des Moluques, sort chaque année des eaux de l’Atlantique sur les côtes du Delaware et ravitaille des centaines de milliers d’oiseaux migrateurs: un équilibre écologique exceptionnel sauvé in extremis par des mesures draconiennes prises contre les pêcheurs américains. A la fin mai, depuis des temps immémoriaux, l’extraordinaire rendez-vous se perpétue: au moment même où ces animaux antédiluviens viennent déposer leurs œufs sur les plages de cet Etat de la côte est des Etats-Unis, passent des centaines de milliers d’oiseaux migrateurs ralliant l’Amérique du Sud à l’Arctique qui se régalent de cette manne. Le Limulus polyphemus, ou limule, est un étrange animal marin. Malgré son nom français de crabe des Moluques, ou américain de «horseshoe crab», il ne s’agit pas d’un crabe. Il s’apparente en fait aux araignées ou aux scorpions. Recouvert d’une carapace en forme de fer à cheval où percent seulement deux yeux minuscules, son corps est prolongé d’une sorte de dard inoffensif. Il peut atteindre 50 centimètres de long et peut vivre jusqu’à 30 ans. Par ailleurs, son surprenant sang bleu est la seule substance dans le monde permettant de détecter les toxines nocives pour l’homme dans les médicaments. Sa résistance exceptionnelle lui a permis de tenir tête aux grandes périodes glaciaires ou à des cataclysmes comme la chute du météorite à l’origine de la disparition des dinosaures. Mais ces dernières années, des défenseurs de l’environnement ont commencé à tirer la sonnette d’alarme: les pêcheurs du Delaware, du New Jersey et du Maryland, les Etats voisins, étaient en train de dépeupler leurs côtes, avec pour conséquence une baisse du nombre des oiseaux migrateurs. Les limules qui venaient mourir sur la plage et y pourrissaient ont toujours été utilisées par les fermiers locaux comme engrais. Mais depuis quelques années, cette exploitation est devenue industrielle, pour les engrais et, surtout, pour fabriquer des appâts pour la pêche aux anguilles ou aux poissons-chats. Certains pêcheurs arrivaient à gagner jusqu’à 1.000 dollars en une nuit, selon les écologistes. Du coup, selon la National Audubon Society, une organisation de protection des oiseaux, le nombre des limules venant pondre sur les plages du Delaware fin mai est passé de 1,2 million en 1991 à 466.000 en 1996. Dans le New Jersey, au cours de la même période, il a chuté de 90%. Le résultat ne s’est pas fait attendre: le nombre d’œufs pondus sur les plages par les femelles a nettement diminué et les oiseaux migrateurs ont commencé à éviter cette étape traditionnelle. Ces oiseaux remontent du fin fond de l’Amérique du Sud jusqu’aux régions arctiques du Canada, un voyage de quelque 10.000 kilomètres avec un seul arrêt: ces plages de la côte américaine. Là, ils se gavent pendant quelques jours avec les œufs que les crabes des Moluques viennent de déposer et ils repartent vers leur destination finale. «Dans certaines parties de la baie du Delaware, une baisse de 75% de maubèches rouges a été observée», souligne la National Audubon Society. Saisis de l’affaire, les responsables des Etats concernés ont pris l’an dernier des mesures draconiennes pour limiter la pêche de cette richesse locale. Dans le Maryland, les prises ont été fixées à un maximum de 300 tonnes. Dans le Delaware, de nombreuses plages ont été fermées à la pêche et elle est réglementée sur les autres. Et dès cette années, souligne un responsable de la conservation des espèces dans le Delaware, Charles Leffer, «tout le monde a été satisfait»: les pêcheurs, comme les défenseurs de l’environnement et les ornithologues, avec une augmentation de la ponte des limules et du passage des migrateurs. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Un «fossile» vivant, vieux de 350 millions d’années, le crabe des Moluques, sort chaque année des eaux de l’Atlantique sur les côtes du Delaware et ravitaille des centaines de milliers d’oiseaux migrateurs: un équilibre écologique exceptionnel sauvé in extremis par des mesures draconiennes prises contre les pêcheurs américains. A la fin mai, depuis des temps immémoriaux, l’extraordinaire rendez-vous se perpétue: au moment même où ces animaux antédiluviens viennent déposer leurs œufs sur les plages de cet Etat de la côte est des Etats-Unis, passent des centaines de milliers d’oiseaux migrateurs ralliant l’Amérique du Sud à l’Arctique qui se régalent de cette manne. Le Limulus polyphemus, ou limule, est un étrange animal marin. Malgré son nom français de crabe des Moluques, ou américain de...