Les négociations concrètes pour l’adhésion des pays de l’Est à l’Union européenne ne pourront commencer que fin 1999, un signe que les énormes problèmes rencontrés risquent de retarder leur intégration jusqu’en 2005. La Commission européenne a dressé un premier bilan de l’exercice d’évaluation de l’état de préparation de ces pays, qui devront adopter intégralement l’«acquis communautaire», les dizaines de milliers de pages de législation européenne. Le responsable de cette évaluation («screening» en anglais), préalable à l’ouverture de négociations proprement dites, a indiqué que l’exercice ne pourrait être achevé avant la mi-1999 au plus tôt, et non fin 1998, comme prévu initialement. «Ce n’est pas la conséquence de difficultés, il s’agit d’une approche différente», a déclaré Nikolaus Van Der Pas lors d’une conférence de presse. «De toute façon, les négociations sérieuses n’auraient pas pu commencer avant la mi-1999». Certes, ce retard de quelques mois n’est pas tragique pour les cinq pays de l’Est — Pologne, Hongrie, République tchèque, Estonie et Slovénie — ainsi que Chypre, qui avaient été invités en décembre dernier à entamer des négociations d’adhésion. Mais après avoir déjà dû enterrer leur espoir d’une intégration rapide — Jacques Chirac et Helmut Kohl leur avaient fait miroiter une adhésion en 2000 —, ils pourraient aussi devoir dire adieu à leur position de repli, le 1er janvier 2002. Démarrage en douceur L’évaluation de leur état de préparation a commencé par les dossiers «faciles», comme la science et la recherche. Les négociateurs de la Commission demandent à chaque pays s’il est prêt à adopter l’acquis communautaire et, si c’est le cas, il doit expliquer quel est l’état de sa législation. «Jusqu’à présent, tout va bien», a souligné Nikolaus Van Der Pas. «L’entrée en matière a été douce». Les dossiers délicats ont en effet été réservés pour la fin. L’agriculture — la moitié du budget communautaire — ne sera abordée qu’à partir de septembre prochain, la politique sociale le sera en novembre, l’Union économique et monétaire en décembre, l’environnement en janvier 1999, la libre-circulation des personnes en avril 1999 et les aides aux régions pauvres — un tiers du budget européen — en mai 1999. Pour ces pays qui sont pauvres, dotés d’un important secteur agricole, exportateurs de main-d’œuvre, et où les normes sociales et de lutte contre la pollution sont très loin d’atteindre les niveaux communautaire, c’est là l’essentiel. En outre, il faudra attendre que les Quinze aient remis de l’ordre dans leur agriculture et leurs aides régionales pour que la base de la négociation soit connue. Or, les divergences sont telles sur ces dossiers qu’il faudra attendre la mi-1999 pour espérer y voir clair. Du répit pour les Quinze Si les négociations concrètes ne commencent qu’à la fin de 1999, est-il concevable qu’elles s’achèvent en un laps de temps beaucoup plus court que les sept années qui furent nécessaires pour conclure avec l’Espagne et le Portugal? Prudente, la Commission refuse de faire des pronostics. «C’est très difficile à dire», dit Nikolaus Van der Pas. Il reconnaît pourtant que les pays sont au nombre de six, et non de deux, et que les problèmes qu’ils posent son importants. En outre, en 1986, l’acquis communautaire était beaucoup moins imposant: la monnaie unique et la coopération entre les polices et les justices n’étaient qu’un rêve lointain. Même si les nouveaux adhérents passeront par des périodes de transition avant de rejoindre l’euro ou de bénéficier pleinement de certaines politiques communes, il leur faudra donc respecter des disciplines tellement strictes que l’adhésion risque d’être retardée par la montée en puissance de l’Union européenne. Lorsque les négociations seront terminées, il restera aux parlements nationaux et au Parlement européen à en ratifier le résultat, ce qui promet d’être long — au moins un an. Pour toutes ces raisons, les diplomates estiment sous le couvert de l’anonymat qu’une date raisonnable pour l’adhésion serait le 1er janvier 2005, lors de l’entrée en fonctions de la Commission européenne qui succédera à la prochaine équipe. Cela donnerait un peu de temps aux Quinze pour parvenir à un accord sur les réformes institutionnelles indispensables avant l’élargissement, sur lesquelles le fiasco avait été total dans les négociations pour le traité d’Amsterdam. (Reuters)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les négociations concrètes pour l’adhésion des pays de l’Est à l’Union européenne ne pourront commencer que fin 1999, un signe que les énormes problèmes rencontrés risquent de retarder leur intégration jusqu’en 2005. La Commission européenne a dressé un premier bilan de l’exercice d’évaluation de l’état de préparation de ces pays, qui devront adopter intégralement l’«acquis communautaire», les dizaines de milliers de pages de législation européenne. Le responsable de cette évaluation («screening» en anglais), préalable à l’ouverture de négociations proprement dites, a indiqué que l’exercice ne pourrait être achevé avant la mi-1999 au plus tôt, et non fin 1998, comme prévu initialement. «Ce n’est pas la conséquence de difficultés, il s’agit d’une approche différente», a...