Les cinq grandes puissances nucléaires craignent que les essais indiens et pakistanais ne provoquent une «fronde» des pays non nucléaires, ont affirmé des diplomates. Les cinq membres reconnus du «club» nucléaire (Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie) s’apprêtent à mettre au point, lors d’une réunion ministérielle aujourd’hui à Genève, une stratégie «concertée» face aux risques de déstabilisation d’Asie du Sud et de prolifération provoqués par ces tests. Mais ils sont aussi préoccupés par le fait que ces essais relancent les appels à un désarmement nucléaire général, c’est-à-dire de leurs propres arsenaux. L’Inde, jusqu’à présent en position d’accusée, a bien compris tout le parti qu’elle pouvait tirer de la dénonciation de l’hégémonie des cinq puissances nucléaires reconnues par le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) entré en vigueur en 1970. New Delhi reproche en effet aux cinq grands, qui sont aussi les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU, de n’avoir pas respecté les engagements en faveur du désarmement nucléaire qu’ils avaient souscrits en signant le TNP. Le premier ministre indien, Atal Behari Vajpayee, l’a dit clairement mardi: au lieu de «sermonner» l’Inde, vous feriez mieux de vous débarrasser de vos armes nucléaires, a-t-il lancé aux grandes puissances. «Il est nécessaire d’assurer une élimination de telles armes, non seulement dans la région (d’Asie du Sud) mais dans l’ensemble du monde. Il faut agir», a déclaré M. Vajpayee. Ce discours touche une corde sensible auprès de l’immense majorité des Etats qui ne possèdent pas d’armes atomiques ou qui ont renoncé à en posséder comme le Japon, le Brésil, l’Argentine et l’Afrique du Sud, reconnaissent des diplomates occidentaux. Des négociations «de bonne foi» Les cinq puissances nucléaires se sont engagées dans le TNP à entamer des négociations «de bonne foi» sur un désarmement nucléaire. A l’occasion du débat sur les essais indiens et pakistanais, «certains vont chercher à ramener la discussion sur le terrain du désarmement nucléaire, en dénonçant l’insuffisance des efforts consentis par les puissances nucléaires», estime un diplomate occidental. Selon des sources de l’ONU, des pays ont déjà commencé à discuter de façon informelle d’une convocation d’une session de l’Assemblée générale qui regroupe les 185 Etats membres de l’ONU. L’Assemblée générale a adopté le TNP en 1968 et le Traité d’interdiction totale des essais (CTBT) en 1996. Mais un diplomate estime que si l’Assemblée générale, qui est dominée par les non-alignés, s’empare de la question, les pays arabes mettront en accusation Israël, seul pays du Proche-Orient à avoir une capacité nucléaire. Selon les experts, l’Etat hébreu possède un arsenal de 100 à 200 têtes nucléaires pouvant être montées sur des missiles balistiques. Ces pays dénoncent ainsi les pressions exercées par les puissances nucléaires, et en particulier par Washington, sur l’Inde et le Pakistan pour qu’ils signent le TNP, alors qu’ils ferment les yeux sur Israël qui n’est pas non plus signataire de ce traité. Le TNP bannit l’arme atomique, sauf pour les cinq grands. Dans ce contexte, les cinq cherchent à étouffer dans l’œuf toute initiative qui les placerait en position d’accusés. C’est ainsi que, après les premiers essais du Pakistan la semaine dernière, le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, s’apprêtait à écrire aux cinq membres permanents du Conseil pour leur rappeler leurs engagements en faveur du désarmement. Mais ayant eu vent de ce projet, les cinq ont demandé vendredi à voir M. Annan et l’ont dissuadé d’écrire cette lettre. «Il a succombé aux pressions», a affirmé une source de l’ONU. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les cinq grandes puissances nucléaires craignent que les essais indiens et pakistanais ne provoquent une «fronde» des pays non nucléaires, ont affirmé des diplomates. Les cinq membres reconnus du «club» nucléaire (Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie) s’apprêtent à mettre au point, lors d’une réunion ministérielle aujourd’hui à Genève, une stratégie «concertée» face aux risques de déstabilisation d’Asie du Sud et de prolifération provoqués par ces tests. Mais ils sont aussi préoccupés par le fait que ces essais relancent les appels à un désarmement nucléaire général, c’est-à-dire de leurs propres arsenaux. L’Inde, jusqu’à présent en position d’accusée, a bien compris tout le parti qu’elle pouvait tirer de la dénonciation de l’hégémonie des cinq puissances nucléaires...