Les Anjouanais veulent «l’indépendance et des liens d’association» avec les deux autres îles qui composent aujourd’hui la République fédérale islamique des Comores, a déclaré le «président» séparatiste Abdallah Ibrahim. Dix mois jour pour jour après sa création, le 3 août 1997, l’Etat autoproclamé d’Anjouan existe toujours sur cette minuscule île de l’archipel des Comores dans l’océan Indien et survit tant bien que mal, malgré son isolement et la maigreur de ses ressources. Les Anjouanais «ont pris leur destin en main», proclame fièrement leur «président». «Nous voulons nous gouverner nous-mêmes!». «Mais nous ne pouvons pas refuser une entente», avec les autres îles des Comores, tempère-t-il. «Nous sommes de la même race, de la même religion, nous avons des liens du sang, nous pouvons envisager d’avoir le même passeport, une monnaie commune, mais il n’est plus envisageable d’avoir un gouvernement commun», ajoute M. Ibrahim. «Il faut que chaque île s’autogère, déclare son indépendance, puis nous pourrons organiser une conférence pour définir les liens entre les îles», précise le leader anjouanais qui s’exprime par l’intermédiaire d’un interprète puisqu’il maîtrise mal le français. Le «président», que les Anjouanais appellent Foundi, titre réservé aux professeurs d’école coranique, explique fièrement que son gouvernement parvient à «payer de temps en temps les fonctionnaires». «Nous gérons le pays avec rigueur et évitons les détournements de fonds comme cela se passait avant», précise-t-il. «Nous attendons de l’extérieur la reconnaissance et une aide», ajoute le «président» anjouanais qui ne s’estime «pas concerné» par la nomination d’un nouveau gouvernement à Moroni. Au premier rang des bailleurs de fonds figure l’Union européenne dans le cadre de la Convention de Lomé. Plusieurs projets financés par l’UE sont en cours à Anjouan et se poursuivent malgré la crise séparatiste. Michel Rocard, président de la commission du développement et de la coopération du Parlement européen, est venu en personne fin avril à la tête d’une délégation expliquer aux Anjouanais que les aides ne pouvaient se dérouler que dans le respect de l’intégrité territoriale des Comores, a-t-on indiqué de source occidentale. «Nous ne remettons pas en cause l’entité comorienne, mais la République fédérale islamique», explique un conseiller du «président» Ibrahim. Les Anjouanais préparent des propositions de Constitution et d’association inter-îles qu’ils comptent exposer lors d’une prochaine conférence internationale consacrée aux Comores. Maurice avait proposé d’accueillir une telle conférence dans le cadre de la Commission de l’océan Indien (COI), mais le régime de Moroni a fait savoir qu’il s’en tenait à la médiation de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) qui n’est pour l’instant parvenue à aucun résultat. «La balle est dans le camp de l’OUA» dont les chefs d’Etat se réunissent la semaine prochaine à Ouagadougou, explique Ali Moumine, «ministre des Affaires étrangères», d’Anjouan, espérant que l’organisation panafricaine soutiendra la tenue de la conférence de Maurice. (AFP)
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