Longtemps considérée comme la championne du monde des matches amicaux, la France a perdu ce titre sans valeur à la veille de son Mondial, sans doute pour son plus grand bien. Avant d’affronter la Finlande vendredi dans son ultime match de préparation, l’équipe d’Aimé Jacquet ressemble presque à un vainqueur possible du précieux trophée. Elle est devenue vulnérable et forte à la fois, capable de perdre contre un adversaire inférieur, de se transcender lorsqu’elle est en danger ou tout simplement de sortir dignement d’une rencontre sans enjeu. Ses défaites en Russie en mars et aux tirs au but contre le Maroc, vendredi, lui ont donné un visage humain, à l’image de celui du Brésil, défait sur son terrain (1-0) par l’Argentine récemment. Un visage, comme en arborait l’Allemagne, battue 1-0 par les Tricolores à Stuttgart, juste avant de conquérir le deuxième titre européen de son histoire en 1996. Les matches amicaux n’ont de valeur que celle qu’on leur accorde et s’ils renseignent sur l’état de forme physique d’une équipe, ils ne peuvent servir d’indicateur totalement fiable. Que dire des Danois en 1992? Non qualifiés mais appelés à remplacer la Yougoslavie au championnat d’Europe, ils enlèvent la compétition sans s’y être préparés. «Nous avons sûrement été pénalisés en étant le pays hôte», Plaide le capitaine Didier Deschamps. «Disputer sans cesse des matches amicaux provoque une lassitude, la motivation s’émousse». «Il ne faut pas tenir trop compte des résultats actuels. Nous venons juste de sortir de la saison et disputer une Coupe du monde entraîne nécessairement un surcroît de motivation. Dans quelques jours nous allons jouer à 150%», renchérit Youri Djorkaeff, le meilleur buteur des Bleus. Mental de vainqueur Depuis la traumatisante défaite contre la Bulgarie en novembre 1993 au Parc des Princes, la France est redevenue une belle mécanique, une machine à ne pas perdre (3 défaites en 45 matches). Elle a été entièrement remaniée et porte largement la marque de son entraîneur Aimé Jacquet: un modèle de rigueur défensive et un conservatisme dans l’animation offensive, assez proche de celui qu’il pratiquait à Bordeaux. Certes, l’équipe de France ne possède pas de petit «génie» comme Ronaldo, Oliver Bierhoff ou Alan Shearer capable, le temps d’un éclair, de changer le sort d’un match. De tels joueurs sont, certes, précieux mais la France n’en a jamais eu, pas depuis Just Fontaine et ses 13 buts en phase finale du Mondial 58. Et cela ne l’empêcha pourtant pas de jouer les demi-finales en 1982 et en 1986. Souvent mise en regard de l’équipe des Platini-Tigana-Giresse et Fernandez, la formation d’Aimé Jacquet peut soutenir sans rougir la comparaison en terme de talent et de maîtrise technique. La différence se fait seulement dans le tempérament, cet aspect impondérable qui donne à une génération son identité. Ce que l’on peut reprocher à l’actuelle équipe de France est sa discrétion, sa manière lisse de gagner ou de perdre, sans rire ni larmes, avec une sorte de distance. Son jeu, dit-on, n’enthousiasme personne, mais celui de l’Allemagne ou de l’Italie, toutes deux triples championnes du monde, a-t-il jamais déchaîné une admiration passionnée? Il manque seulement aux Tricolores un moral de vainqueur. Pour remporter un match comme celui de Guadalajara en 1986 ou pour livrer un combat semblable à celui de Séville en 1982, il faut une âme, la volonté farouche d’aller là où personne ne vous attend. «Il y a chez les Allemands, une sorte de culture de la compétition», explique le défenseur du Bayern de Munich, Bixente Lizarazu. «Ils savent se préparer à affronter un tournoi comme le Mondial. Ainsi, dès que le niveau de jeu de leur adversaire s’élève, eux-mêmes se mettent automatiquement à mieux jouer». «En fait, ils sont surtout vulnérables contre les petites équipes et presqu’imbattables par les grandes». Souvent critiqué pour sa prudence extrême, Jacquet ne peut se voir reprocher qu’une chose: ne pas avoir suffisamment inculqué à ses protégés ce mental de vainqueurs. La séance des tirs au but en demi-finale de l’Euro96 puis celle, sans conséquence, contre le Maroc vendredi en sont l’illustration flagrante: dans ce genre d’exercice, est maître du destin celui qui en a le plus envie. Il reste maintenant 10 jours aux Français pour se convaincre qu’ils peuvent gagner ce trophée et provoquer une ferveur populaire qui tarde à se manifester. Groupe C: La liste officielle des 22 joueurs français Le sélectionneur national Aimé Jacquet a communiqué la liste officielle des 22 joueurs sélectionnés en équipe de France pour la phase finale de la Coupe du monde de football (10 juin-12 juillet), lors d’un point-presse au centre technique national à Clairefontaine-en-Yvelines (région parisienne). Six joueurs ont été éliminés de la liste initiale qui comportait 28 joueurs: Lionel Letizi (gardien, Metz), Martin Djetou (Monaco), Pierre Laigle (Sampdoria Gênes/Ita), Sabri Lamouchi (Monaco, ex-Auxerre), Ibrahim Ba (Milan AC/Ita) et Nicolas Anelka (Arsenal/Ang). La liste des 22 Français est donc la suivante: Gardiens: Fabien Barthez (Monaco), Lionel Charbonnier (Auxerre), Bernard Lama (West Ham/Ang) Défenseurs: Laurent Blanc (Marseille), Vincent Candela (AS Rome/Ita), Marcel Desailly (Milan AC/Ita), Frank Lebœuf (Chelsea/Ang), Bixente Lizarazu (Bayern Munich/All), Lilian Thuram (Parme/Ita)/ Milieux de terrain: Alain Boghossian (Sampdoria Gênes/Ita), Didier Deschamps (Juventus Turin/Ita), Emmanuel Petit (Arsenal/Ang), Bernard Diomède (Auxerre), Youri Djorkaeff (Inter Milan/Ita), Christian Karembeu (Real Madrid/Esp),Robert Pires (Metz), Patrick Vieira (Arsenal/Ang), Zinedine Zidane (Juventus Turin/Ita). Attaquants: Thierry Henry (Monaco), Christophe Dugarry (Marseille), Stéphane Guivarc’h (Auxerre), David Trezeguet (Monaco).
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