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Actualités - Chronologie

Education séparée pour les enfants d'Irlande du Nord

«Les catholiques, ils ont les yeux rapprochés et beaucoup de cheveux bouclés, comme ça», dit Julianne en esquissant une coiffure en boule. Et le groupe d’adolescentes s’esclaffe en cœur, sous le regard indulgent du proviseur de ce collège protestant du nord de Belfast. Julianne, 18 ans, ne plaisante qu’à moitié. Des huit jeunes filles présentes, elle est la plus acharnée à franchir la barrière communautaire, comme en témoignent ses multiples activités extra-scolaires avec des catholiques. Celle qui connaît le mieux les préjugés anticatholiques aussi, étant issue d’une famille où l’on jette des projectiles contre la télévision lorsqu’apparaît Gerry Adams. Et où l’on croit dur comme fer que les catholiques ont les yeux plus rapprochés que les protestants. «Mes parents, ils sont irréformables», soupire-t-elle, les yeux au ciel. «Nous avons tous des préjugés», intervient Trevor Greenwood, le proviseur, «même un libéral aisé comme moi». Les adolescentes opinent gravement. Toutes sont issues de milieux populaires, toutes ont connu de près les troubles. A leur âge, «elles n’ont même connu que cela», dit Greenwood, dont une élève a été tuée dans un attentat il y a moins de quatre ans encore. L’école de filles Model, située sur la ligne de partage entre l’Ardoyne catholique et le Ballysillan protestant, est la cible de bombes incendiaires chaque été, à la saison des marches traditionnelles protestantes. A moins de quatre kilomètres de là, l’école primaire catholique de StGall, l’est tout aussi régulièrement. D’où les grilles aux fenêtres, la double porte de fer aveugle à l’entrée et les barbelés au mur d’enceinte. Ici, comme à la Model, on organise des sorties avec des écoles de «l’autre bord», mais le proviseur, Jim Devana, ne se fait guère d’illusions sur leur portée réelle. «C’est surtout histoire de leur apprendre que les protestants ne sont pas des créatures à deux têtes, mais c’est tout autre chose de vivre effectivement ensemble», dit-il. De l’autre côté de la frontière Avant l’une de ces excursions, au bord de la rivière Lagan, Joseph, 11 ans, pensait que les protestants «étaient très différents». «Mais il ne le sont pas», sourit avec candeur ce petit joufflu. Robert, même âge, se souvient qu’on «n’était pas très à l’aise au début». D’où venaient les autres garçons? «De pas loin, juste de l’autre côté de la frontière». Par là, il désigne le «mur de la paix» auquel est adossé l’école, muraille de parpaings et de tôle qui sépare les deux communautés en plusieurs points de Belfast. Ce mur dérange Joseph. «On se sent comme en prison», dit-il, avant de pouffer: «L’école, de toutes façons, c’est déjà une sorte de prison». Jim Devana veut croire que «l’on verra la fin de tout ça» avec l’accord de paix et que «les murs pourront être abattus». Mais pas plus que son homologue protestant, il ne pense que des écoles intégrées pourront se généraliser à court terme. Les deux petits garçons pensent, comme l’immense majorité de la communauté catholique nationaliste, qu’il faut voter «oui» au référendum de vendredi. «Parce que c’est la voie vers la paix», dit Robert, «parce que les deux religions se réuniront et qu’on fera de cette île un meilleur endroit où vivre», croit Joseph. Avant d’ajouter qu’il est pour la réunification de l’Irlande, «parce qu’elle était unie à l’origine et que c’était notre pays avant que les Anglais viennent et nous le prennent». Les jeunes filles de Model ne sont bien sûr pas du même avis, n’osent pas trop le dire et se tortillent dans leurs jupettes. Mais Lesley, 16 ans, raconte que «certaines de leurs copines disent qu’elles aimeraient plutôt mourir que de voir l’Irlande unie». Bien loin de cette funeste perspective, leur proviseur raconte avec enthousiasme comment se sont forgées des amitiés, lors des rencontres avec les catholiques. L’une d’elles a même été invitée à venir passer quelques jours chez une protestante, à Ballyclare: «Elle était déjà allée en Espagne, mais jamais elle n’avait mis les pieds à Ballyclare». (AFP)
«Les catholiques, ils ont les yeux rapprochés et beaucoup de cheveux bouclés, comme ça», dit Julianne en esquissant une coiffure en boule. Et le groupe d’adolescentes s’esclaffe en cœur, sous le regard indulgent du proviseur de ce collège protestant du nord de Belfast. Julianne, 18 ans, ne plaisante qu’à moitié. Des huit jeunes filles présentes, elle est la plus acharnée à franchir la barrière communautaire, comme en témoignent ses multiples activités extra-scolaires avec des catholiques. Celle qui connaît le mieux les préjugés anticatholiques aussi, étant issue d’une famille où l’on jette des projectiles contre la télévision lorsqu’apparaît Gerry Adams. Et où l’on croit dur comme fer que les catholiques ont les yeux plus rapprochés que les protestants. «Mes parents, ils sont irréformables»,...