Inceste et pédophilie font une apparition remarquée cette année au festival de Cannes, où pas moins de six films déjà projetés abordent de façon plus ou moins directe ces sujets particulièrement difficiles. De «La classe de neige» de Claude Miller à «Babyface» de Jack Blum, en passant par «La fête de famille» de Thomas Vinterberg ou «Sitcom» de François Ozon, les familles se déchirent, les destins se fracassent, la sexualité traumatisante fait irruption sur les écrans. Claude Miller a ainsi avoué avoir «eu peur d’être taxé d’opportunisme» pour l’allusion à la pédophilie sur laquelle s’achève son film, quand les fantasmes et terreurs de son jeune héros Nicolas rejoignent une réalité insoupçonnée par le garçon. Thomas Vinterberg, lui, se défend d’avoir mis l’inceste au centre de son film. Sa «Fête de famille» tournée au scalpel parle, d’après le réalisateur danois, «moins de l’inceste que de l’oppression dans la famille, de la difficulté à faire sortir la vérité, ce qui me semble un sujet très contemporain». Mais là où Miller élude, là où Vinterberg — même s’il emploie des mois crus jetés avec rage — déclenche des réactions en chaîne, là où Ozon traite d’une péripétie supplémentaire dans une famille à la dérive, d’autres poussent à bout les nerfs des spectateurs et montrent. Ainsi du Canadien Jack Blum, dont le premier film «Babyface» contient une scène particulièrement difficile de viol pédophile filmé à hauteur d’enfant par une caméra subjective et pendant laquelle de nombreux spectateurs ont quitté la salle lors des projections cannoises. «Certains collaborateurs pensaient que cette scène ne devait pas figurer du tout dans le film», explique le réalisateur, qui a pourtant choisi de montrer cet instant «central» dans la construction du personnage de Lisa, une adolescente de 13 ans, que ce traumatisme initial va plonger dans une descente aux enfers incestueuse avec sa mère et l’amant de celle-ci. «Babyface», dont le cinéaste Atom Egoyan est producteur exécutif, crée en outre un malaise par son ton volontairement neutre. «Nous voulons que le spectateur décide. Vous croyez vraiment qu’il a besoin que nous lui disions «ceci est mal»? Notre point de départ est que c’est mal et nous cherchons à dépasser les simples déclarations», poursuit Jack Blum. Se défendant de céder à la provocation, le cinéaste canadien estime que la recrudescence de ces thèmes dans le cinéma ne fait que refléter l’évolution sociale. «Il y a peu, c’était des sujets impensables, inexprimables», selon lui. Autres films de la liste, «Seul contre tous» du Français Gaspar Noe, portrait d’un boucher violent qui va de fantasme d’infanticide en inceste réel, et «Happiness» de Todd Solondz, chronique de la déstructuration d’une famille menant à la révélation des plus noirs secrets. Le grand écran est-il mûr pour l’irruption de tels sujets? Le palmarès du festival donnera peut-être une indication. A l’exception de «Happiness», tous ces films sont en course pour un prix, «La fête de famille» pour la Palme d’or, les quatre autres pour la Caméra d’or qui récompense un premier long métrage. (AFP)
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