Israël était confronté mercredi à l’impatience croissante des Etats-Unis, de l’Europe et d’autres pays face à l’absence totale de perspectives dans le processus de paix au Proche-Orient. «L’Amérique se fâche, l’Europe nous attaque et Singapour nous inflige un affront», titrait le quotidien israélien «Maariv» après le refus de Singapour de recevoir le premier ministre Benjamin Netanyahu en visite. Les Etats-Unis ont averti une nouvelle fois qu’ils pourraient cesser leurs efforts destinés à redonner vie au processus de paix, compte tenu de l’intransigeance israélienne. Le porte-parole du département d’Etat, James Rubin, a estimé que «le jour n’est pas éloigné», où Washington devra expliquer publiquement pourquoi ses efforts ont échoué et donc faire porter le blâme à Israël. «Cela relève de la guerre psychologique», a déploré mercredi le ministre israélien de la Sécurité intérieure Avigdor Kahalani. «Ce sont des tentatives de faire pression sur Israël», a-t-il ajouté en dénonçant également «une volonté européenne de porter atteinte à Israël». La Commission européenne a menacé de pénaliser les produits des colonies juives de peuplement, en les excluant des avantages tarifaires accordés aux marchandises israéliennes sur le marché européen. Le Conseil des ministres des Quinze doit en débattre le 8 juin prochain, apprend-on de source diplomatique européenne. L’isolement croissant d’Israël sur la scène internationale ne semble cependant pas faire impression sur M. Netanyahu. Au cours des derniers jours, il s’est surtout attaché à rassurer l’aile droite de sa coalition en réaffirmant son rejet des propositions américaines d’un retrait israélien de 13,1% de la Cisjordanie. L’impasse est telle qu’aucune nouvelle rencontre n’est prévue entre Israéliens et Palestiniens et que le coordinateur américain pour le Proche-Orient, M. Dennis Ross, n’a aucune nouvelle mission en vue. Face à l’Europe, M. Netanyahu a opté pour la contre-offensive, affirmant que la mise en œuvre du projet européen porterait «gravement préjudice aux relations entre l’UE et Israël» et «mettrait un terme aux tentatives européennes de jouer un rôle dans le processus de paix». Fraude massive «Si L’Europe ne se soucie pas du chômage qu’entraînerait une telle mesure, nous n’avons pas à nous soucier de réduire le chômage chez les Palestiniens», a mis en garde M. Netanyahu. Quelque 15.000 Palestiniens sont employés dans les colonies juives en territoire occupé, selon des chiffres israéliens. Le conseiller diplomatique du premier ministre, M. Uzi Arad, est revenu à la charge mercredi en soutenant à la radio que la proposition de la Commission n’était pas «légale» dans la mesure où elle contrevenait, selon lui, aux accords économiques israélo-palestiniens conclus à Paris en 1994. La commission fait valoir quant à elle qu’Israël s’est rendu coupable d’une «fraude massive» en exportant vers l’Europe les produits des colonies sous le label «made in Israel». L’irritation d’Israël contre l’Europe s’est accrue du fait de l’initiative française d’une «conférence des pays résolus à sauver la paix», pour relancer le processus de paix. Elle a reçu un accueil d’autant plus réservé que la France voudrait en écarter Israël dans un premier temps, selon la presse israélienne. «La réunion d’une telle conférence, sans les parties concernées, aurait pour but évident de faire pression sur Israël», a déclaré au quotidien israélien «Haaretz» un haut responsable qui a requis l’anonymat. Enfin, le gouvernement de Singapour a refusé de recevoir M. Netanyahu en faisant valoir qu’il serait contraint, dans ce cas, à critiquer la politique israélienne envers les Arabes, a rapporté le quotidien «Maariv». Les responsables israéliens y ont vu un «affront», selon le journal. (AFP)
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