Le président Suharto devra faire face cette semaine à une nouvelle vague de protestations avec une marche des étudiants lundi à Djakarta et des manifestations dans tout le pays mercredi, le jour de l’Eveil national, 90e anniversaire du premier mouvement nationaliste indonésien. Des centaines d’étudiants convergeaient lundi vers le Parlement, dans une ville quadrillée par l’armée après les émeutes qui ont fait 500 morts la semaine dernière, tandis que quelque 500 étudiants quittaient le campus de l’université d’Indonésie à Djakarta à bord de quatre autobus et de voitures aux cris de «Merdeka» (liberté) et «Vive la réforme». Nombre d’entre eux agitaient des roses en passant devant les soldats, impassibles. Le commandement militaire du Grand Djakarta a diffusé un ferme avertissement à l’adresse des manifestants, les prévenant que tout acte de violence serait réprimé. «Nous sévirons contre les émeutiers», a déclaré le lieutenant D.J. Nachrowi. «Si les émeutiers sont des étudiants, ce sont les émeutiers, non les étudiants, que nous verrons», a-t-il ajouté. Quelque 50.000 étudiants se sont rassemblés à Bandung, à 120 kilomètres à l’est de Djakarta, pour réclamer la démission de Suharto, ont rapporté des témoins. Des milliers de personnes sont également descendues dans les rues de Surabaya, la deuxième ville du pays, pour dire «non» à la violence. Un calme précaire régnait lundi dans la capitale où les Indonésiens ont repris le travail avec appréhension, sous la surveillance des patrouilles. La Banque centrale, fermée vendredi en raison des violences, a rouvert. La Bourse de Djakarta devait elle aussi reprendre ses activités mais le volume des échanges a été très limité. Ebranlé par la tourmente, Suharto reste cloîtré dans son palais et consulte ses conseillers politiques et militaires. Ses intentions restent floues et tiennent en deux propositions: un remaniement ministériel — dont la date n’a pas été indiquée — et des réformes politiques encore imprécises. Le «Jakarta Post» souligne lundi que seuls des changements politiques radicaux pourront combler les aspirations du peuple indonésien, qui veut en finir avec «Suharto-Satan», au pouvoir depuis 32 ans. «Toutes les classes sociales, tous les âges veulent une réforme politique pacifique et totale. Ce pays a terriblement besoin d’un nouveau gouvernement», écrit l’éditorialiste du «Jakarta Post». Des voix commencent à s’élever en faveur du changement au sein même de l’«establishment». L’ancien ministre de l’Environnement, Sarwono Kusumaatmadja, haut responsable du Golkar, parti de Suharto, estime qu’il est temps que le chef de l’Etat passe la main et confie le pouvoir au général Wiranto, commandant en chef des forces armées. «La population compte toujours sur l’armée pour qu’elle la sauve et qu’elle sauve le pays, et sur le général Wiranto pour qu’il soit l’homme de la situation», a-t-il déclaré. «Il a fait preuve de compréhension pour le mouvement réformateur et jouit du respect d’un grand nombre d’officiers. Il est temps pour nous tous de dire que ça suffit et que le premier pas vers la réforme est de désactiver M. Suharto et M. (le vice-président Jusuf) Habibie», a souligné l’ancien ministre. L’opposition fait elle aussi pression pour la démission du vieux dirigeant, qui est âgé de 76 ans. Le leader musulman Amien Raïs, qui ne cache pas ses ambitions présidentielles, a appelé à des manifestations monstres mercredi. Amien Raïs est à la tête de la Muhammadiya, un mouvement qui revendique 28 millions de membres. «Aucun parti ne peut garantir que le 20 mai sera pacifique et non violent, surtout après le pillage, les émeutes et les incendies auxquels nous avons assisté dans tout Djakarta et dans (…) d’autres villes, a déclaré Amien Raïs. Si Suharto veut éviter un risque d’incendie général en Indonésie (…), il serait très sage de simplement (…) se retirer». «Il a perdu la confiance du peuple (…) 90% des Indonésiens souhaitent assister à sa démission — et le plus tôt sera le mieux», a-t-il ajouté. Les étrangers continuent de quitter massivement l’Indonésie de crainte de nouvelles violences. Le Japon a affrété lundi deux avions de transport militaires à destination de Singapour pour parer à toute évacuation. (Reuters)
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