Questions sans réponses, polémiques, doutes: les explications fournies cette semaine sur l’action de la France au Rwanda par quatre anciens ministres et le fils de l’ancien président François Mitterrand ont «déçu» et laissé «un sentiment d’inachevé», estime la presse française. «La France a du sang rwandais sur les mains». L’accusation portée par les autorités de Kigali interpelle l’opinion publique française sur le soutien accordé par Paris à un régime responsable d’un génocide qui a fait entre 500.000 et 800.000 morts en 1994. L’accusation à l’encontre de la France est suffisamment grave pour que le Parlement français ait créé fin mars une mission d’information chargée de faire la lumière sur l’attitude de la France pendant cette période et invité les responsables politiques de l’époque à s’expliquer publiquement. Les interrogations portent sur la connaissance par les autorités françaises de la préparation du génocide par les extrémistes hutus, sur le rôle des soldats français au Rwanda, sur l’attentat qui a coûté la vie au président Juvenal Habyarimana le 6 avril 1994 et déclenché les massacres, sur les informations faisant état de livraisons d’armes après le début du génocide et sur d’éventuelles interférences de réseaux parallèles dans l’action de la France. Très attendues, les premières auditions de responsables politiques, retransmises en direct à la télévision, ont apporté peu de réponses. «Nous ne sommes pas un tribunal», a précisé mardi le président de la mission, l’ancien ministre socialiste Paul Quilès, en accueillant Edouard Balladur, premier ministre de 1993 à 1995, et trois membres de son gouvernement, Alain Juppé (Affaires étrangères), François Léotard (Défense) et Michel Roussin (Coopération). Pendant près de trois heures, les quatre hommes se sont surtout attachés à défendre l’honneur de la France et à justifier leurs décisions. «Auditions décevantes», titrait le lendemain le quotidien Libération. «Ces auditions ont laissé un goût d’inachevé», a pour sa part commenté l’hebdomadaire Le Point, déplorant des questions «trop souvent imprécises» et des «réponses fréquemment convenues». La cellule africaine de «Papamadit» M. Balladur et ses anciens ministres ont justifié le soutien de la France en dénonçant la main de Washington et de son satellite africain l’Ouganda derrière la rébellion tutsie et la campagne «violente, partisane et haineuse» orchestrée contre Paris. L’ancien premier ministre s’est en revanche refusé à entrer dans une polémique sur d’éventuelles interférences de la cellule africaine de l’Elysée, dirigée jusqu’en 1992 par le fils aîné de François Mitterrand. Mais il a reconnu qu’un doute subsistait sur les fournitures d’armes aux extrémistes hutus rwandais après le début du génocide. «En l’état actuel de mes connaissances, les livraisons d’armes au Rwanda ont officiellement cessé en mars 1993», a-t-il déclaré. «Mais je ne suis pas censé tout connaître», a-t-il ajouté. Entendu le lendemain, Jean-Christophe Mitterrand s’est pour sa part attaché à défendre la politique menée par son père et surtout à minimiser son rôle personnel, en soulignant que sa fonction était de porter les messages du président, ce qui lui a valu en Afrique le sobriquet de «Papamadit». Les auditions vont se poursuivre jusqu’à l’été. Les parlementaires doivent notamment entendre le 5 mai l’actuel ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine, très proche collaborateur du président Mitterrand à l’époque. Selon M. Quilès, deux rapports seront ensuite publiés, qui diront, si cela est le cas, les responsabilités françaises dans la tragédie du Rwanda. (AFP)
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