Le nouveau premier ministre russe va hériter d’une situation économique avec un potentiel de croissance qui pourra se réaliser si la rigueur fiscale est respectée, estiment les analystes. L’économie russe continue à ressentir les conséquences de la crise asiatique tandis que la baisse des cours du pétrole menace l’équilibre de la balance commerciale et que la situation des finances publiques demeure délicate. Les actions russes ont terminé la semaine dernière en baisse de près de 10 pc, une chute que les courtiers attribuent largement aux soubresauts politiques déclenchés par la décision du président Boris Eltsine de limoger son gouvernement, y compris son premier ministre Viktor Tchernomyrdine en poste depuis plus de 5 ans, le 23 mars dernier. «Si la situation était un peu plus claire alors les investisseurs pourraient prévoir un peu mieux leur stratégie», estime un courtier, Mikhaïl Koltsov. Le «poulain» choisi par Boris Eltsine pour remplacer M. Tchernomyrdine, le jeune libéral Sergueï Kirienko (35 ans) doit encore recevoir le feu vert du Parlement et des négociations difficiles sont attendues sur cette question mardi prochain lors d’une «table ronde». Mais les analystes ont des raisons de penser qu’une fois confirmé, le nouveau gouvernement devrait demeurer sur la voie de la rigueur économique recommandée par le Fonds Monétaire International (FMI). Le président russe a souligné lors de l’annonce du limogeage du cabinet qu’une équipe «nouvelle et forte» prendrait la relève avec la charge de donner un coup de fouet aux réformes. Le président Elstine a ensuite annoncé son intention de reconduire dans ses fonctions le réformateur Mikhaïl Zadornov (34 ans) au poste de ministre des Finances, un signe rassurant pour les investisseurs après le limogeage d’Anatoli Tchoubaïs, l’architecte des privatisations. Christopher Granville, économiste de l’United City Bank, estime que l’un des tests du prochain gouvernement sera son engagement vis-à-vis d’un plan mis au point avec le FMI en novembre dernier qui prévoit d’importantes économies dans le secteur public et des mesures pour accroître les ressources budgétaires. Dans le cadre de ce plan, le vice-ministre des Finances sortant Alexei Koudrine a récemment annoncé que le gouvernement envisageait de supprimer plus de 200.000 emplois dans le secteur public mais cette annonce a été condamnée par le président Boris Eltsine qui a parlé de «provocation». «La mise en œuvre de ce plan pourrait être plus énergique et plus cohérente avec un nouveau responsable comme Kirienko», estime M. Granville. Le président russe a d’autre part rappelé vendredi dans son allocution radiophonique hebdomadaire que l’augmentation des ressources fiscales était une priorité. Pour la première fois depuis le lancement des réformes en 1992 en Russie, le PIB a enregistré en 1997 une croissance positive (0,4 pc). «La croissance sera encore supérieure cette année. Le secteur de l’économie grise est sousestimé et l’économie dans son ensemble croît plus vite que ne l’indiquent les chiffres officiels», estime Vladimir Drebentsov, un économiste de la Banque mondiale. Selon M. Granville cependant, l’impact de la crise asiatique «est encore un lourd fardeau et le gouvernement doit réduire le déficit budgétaire». «La croissance demeurera modeste, c’est presque le résultat automatique de la stabilité économique», ajoute cet expert. Au premier trimestre, l’inflation a atteint 3,1%, contre 5,4% pour la même période de 1997. La baisse des cours du pétrole constitue un risque pour «la balance commerciale mais la situation dépend davantage de la venue de nouveaux investisseurs en Russie pour réduire le coût du service de la dette et restructurer l’économie», souligne l’expert de la Banque mondiale. L’adoption récente de nouvelles lois sur la faillite et les règles de comptabilité devraient encourager les investisseurs, selon la même source. (AFP)
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