Avec cent mille touristes par an ces deux dernières années, le tourisme a repris sa progression, mais tarde à décoller en Nouvelle-Calédonie, un «coin de paradis» baigné par un lagon aux reflets azur et émeraude et couvert de forêts luxuriantes aux essences rares. Les aides au décollage de ce secteur, qui ne représente encore que 10% du Produit intérieur brut (PIB), n’ont pourtant pas manqué depuis dix ans. Mais ce territoire français du Pacifique ne parvient pas à surmonter ses handicaps: éloignement des bassins touristiques d’Europe et d’Asie, coût du transport aérien — malgré une nette tendance à la baisse — et prix relativement élevés des séjours. Le niveau général des prix sur le territoire, tiré vers le haut par les traitements des fonctionnaires qui atteignent au moins une fois et demie leur équivalent en métropole, et l’absence de «produits» touristiques spécifiques expliquent la cherté des séjours touristiques. Un récent rapport du sénat soulignait un handicap supplémentaire: «La Nouvelle-Calédonie apparaît dépourvue d’une image propre, lui conférant une identité facilement reconnaissable. Le contraste est de ce point de vue saisissant avec la Polynésie française», écrivait le rapporteur Roland du Luart. La grande majorité des visiteurs est constituée de jeunes couples japonais en voyage de noces, qui évitent ainsi de se plier aux coutumes dispendieuses des fêtes de mariage japonaises. Une desserte aérienne directe Tokyo-Nouméa a favorisé cet essor, même s’il leur faut tout de même neuf heures de vol pour arriver à destination. Le nombre de nuités passées sur le Territoire reste cependant limité, selon les professionnels. L’obstacle Australiens et Néo-Zélandais, clients naturels de l’archipel, devenus très rares en 1995-96 pour protester contre la reprise des expériences nucléaires françaises au Pacifique, ont progressivement retrouvé depuis le chemin de l’île. Avant ce boycottage, le tourisme calédonien avait déjà souffert en 1989 des affrontements sanglants entre gendarmes et indépendantistes kanak à Ouvéa. Au cours des deux dernières années, la Nouvelle-Calédonie s’est dotée d’une infrastructure hôtelière de classe internationale, correspondant à la demande japonaise et asiatique. Un Méridien a été ouvert à Nouméa, près d’un Club Méditerranée. On compte aussi quelques autres établissements de moyenne-haute gamme. Ils ont bénéficié peu ou prou du soutien du Territoire et des Provinces, qui misent sur le tourisme pour diversifier l’économie quasiment mono-exportatrice (nickel) de l’Île. Plus originale est l’expérience des nouveaux villages touristiques inspirés de l’architecture traditionnelle de la case kanak. On en trouve notamment sur l’île des Pins, à 60 km au sud de la Grande Terre. Réputée comme le «joyau du Pacifique», elle est couverte d’une dense forêt de pins d’un vert soutenu et encerclée par un récif de corail. Les îles de Maré et de Lifou ont chacune son village. Deux autres obstacles entravent le développement du tourisme calédonien: l’usage du sol qui relève d’un droit coutumier oral, incertain et fluctuant, ne permettant pas aux investisseur éventuels, notamment étrangers, d’obtenir les garanties souhaitables pour un retour rapide sur investissement et le peu d’empressement des kanak à prendre des risques. Ces dernières années, la plupart de ces derniers ont préféré la fonction publique à la création de leur propre entreprise. (AFP)
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