Après l’euphorie initiale, l’Inde, condamnée de toutes parts pour ses trois essais atomiques, a lancé une offensive diplomatique pour tenter d’expliquer son défi nucléaire, et s’interrogeait mercredi sur l’impact de sanctions. «New Delhi se prépare à affronter la colère du monde», résumait en manchette le quotidien «Indian Express». Le «Hindustan Times» soulignait que «la pression sur l’Inde monte». Le premier ministre nationaliste hindou Atal Behari Vajpayee a écrit aux dirigeants des pays du G-7 et de la Russie, leur demandant de faire preuve de compréhension pour une décision que l’Inde estimait nécessaire à sa sécurité nationale dans un environnement régional jugé hostile. Des messages ont été envoyés, notamment aux présidents américain Bill Clinton et russe Boris Eltsine, ainsi qu’au Japon, principal fournisseur d’aide à l’Inde et qui a parlé, comme Washington, de sanctions économiques. «Nous voulons prendre le taureau par les cornes», a dit un responsable indien. Selon des officiels indiens, M. Vajpayee a tenté d’expliquer que «le peuple indien devait être rassuré sur le fait que sa sécurité serait assurée», et assuré que l’Inde était pour un désarmement total et prête à négocier une adhésion au traité bannissant les essais nucléaires. Les responsables indiens à New Delhi ont exposé la position indienne à des diplomates étrangers, notamment le secrétaire général du ministère français des Affaires étrangères, Bretrand Dufourcq, qui cherchait des «clarifications». L’Inde, pays représentant un-cinquième de la population de la planète et qui se veut puissance mondiale, est prête à continuer de défier la communauté internationale, et a expliqué qu’elle n’hésiterait pas à équiper ses missiles de têtes nucléaires «lorsque la situation l’exigera». Le quotidien «Asian Age» a affirmé que cela serait fait si le Pakistan effectuait à son tour un essai nucléaire. Geste hardi Selon un sondage publié mercredi par le «Times of India», 91% des Indiens approuvent les tests et 82% estiment que leur pays doit maintenant se doter d’un arsenal nucléaire, 76% pensant que New Delhi décidera de le faire. Mais l’heure n’était plus à l’explosion de fierté nationaliste dans la presse mercredi matin, même s’il n’était pas question de mettre en doute le bien-fondé ni l’opportunité des essais, et si l’on continuait de louer les prouesses des scientifiques indiens. «Au milieu des célébrations pour ce geste hardi, il fait reconnaître que les implications diplomatiques et stratégiques de ce pari sont très grandes», a averti le journal «The Hindu». En 24 heures, la pression s’est de fait accentuée sur l’Inde, avec un durcissement de la position de Washington annonçant des sanctions, et le rappel pour consultations des ambassadeurs américain, australien, néo-zélandais et canadiens. On notait toutefois avec satisfaction à New Delhi que la Russie, vieil allié, jugeait des sanctions contre-productives, et que la France, qui fut elle aussi cible des condamnations mondiales pour ses tests nucléaires, avait adopté une position jugée modérée. Mais si le «Times of India», sous le titre «Qui a peur des sanctions?», expliquait que le gouvernement et les industriels indiens ne craignaient pas des représailles économiques, tout le monde n’en était pas certain. La bourse de Bombay a plongé de 2% à l’ouverture, après avoir chuté de 1,9% la veille. Un courtier a expliqué qu’il y avait de la «panique» sur les marchés après que le président Clinton eut averti qu’il entendait appliquer «pleinement» les sanctions prévues par la loi américaine. Le gouvernement a tenté de rassurer, un porte-parole affirmant qu’il n’y avait «aucune raison de paniquer», affirmant: «Je suis totalement confiant que nous ferons face à tout défi». (AFP)
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