Les essais nucléaires indiens vont mettre à l’épreuve la solidité des liens entre la Chine et le Pakistan, qui va probablement tenter d’obtenir l’aide de Pékin pour faire exploser à son tour un engin nucléaire, estime-t-on mardi dans les milieux diplomatiques. Mais les experts occidentaux des questions de défense ne pensent pas que les autorités chinoises prendront le risque de fournir des matières fissiles à leur allié pakistanais, au prix d’une détérioration de leurs relations avec les Etats-Unis. La Chine, qui appartient au club très fermé des cinq puissances nucléaires aux côtés des Etats-Unis, de la Russie, de la France et de la Grande-Bretagne, est soupçonnée d’avoir transmis au Pakistan de la technologie sophistiquée en matière d’armes nucléaires et de missiles. «En faisant exploser trois engins, l’Inde a fait savoir au Pakistan et au reste du monde qu’elle a encore beaucoup d’autres armes atomiques en réserve, et qu’elle doit être désormais comptée comme sixième puissance nucléaire», a estimé un spécialiste des questions nucléaires. «Le Pakistan risque lui de manquer de matières fissiles pour procéder au même nombre de tirs et va tout naturellement faire pression sur la Chine pour qu’elle l’aide à sauver la face», a-t-il ajouté. Appel à la modération «La Chine va probablement protester vigoureusement, tout en appelant l’Inde et le Pakistan à faire preuve de modération, conformément à l’image de grande puissance responsable qu’elle souhaite donner à l’étranger», a commenté un analyste. «Son objectif prioritaire aujourd’hui est en effet de construire un partenariat avec les Etats-Unis et éviter tout sujet de dissension avec Washington, à quelques semaines de la visite à Pékin fin juin du président Bill Clinton», a-t-il ajouté. Au cours des dernières années, les Etats-Unis ont accusé à plusieurs reprises la Chine d’avoir secrètement aidé le Pakistan à mettre au point sa propre bombe atomique, sous couvert d’un accord de coopération nucléaire à usage civil prévoyant la construction d’une centrale nucléaire à Chashma, à 200 km au sud-ouest d’Islamabad. Le mois dernier, le ministre indien de la Défense, George Fernandes, a reproché aux experts chinois d’avoir aidé le Pakistan à développer son nouveau missile sol-sol «Ghauri», d’une protée de 1.500 kilomètres, capable d’atteindre la plupart des villes indiennes, dont New Delhi. Pékin a toujours rejeté ces accusations comme dénuées de fondement. Mais les relations étroites entretenues de longue date entre la Chine et le Pakistan dans le domaine de la coopération militaire laissent planer le doute sur la contribution exacte de Pékin à l’effort d’armement dissuasif pakistanais. La Chine et l’Inde, qui se sont affrontées militairement en 1962 à la suite d’un désaccord frontalier, ont toujours eu des rapports tendus en raison de leur rivalité pour la domination en Asie et dans le mouvement des non-alignés. «L’irruption de l’Inde au sein du club des nations atomiques doit certainement irriter la Chine, qui était jusqu’alors le seul Etat du tiers- monde à pouvoir parler d’égal à égal avec les plus grandes puissances mondiales», a commenté un diplomate européen. «L’Inde ne constitue pas une véritable menace pour la Chine en termes militaires, mais au plan diplomatique, elle va désormais pouvoir logiquement réclamer un statut équivalent à celui de Pékin dans les grandes instances internationales, comme l’ONU», a-t-il ajouté. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les essais nucléaires indiens vont mettre à l’épreuve la solidité des liens entre la Chine et le Pakistan, qui va probablement tenter d’obtenir l’aide de Pékin pour faire exploser à son tour un engin nucléaire, estime-t-on mardi dans les milieux diplomatiques. Mais les experts occidentaux des questions de défense ne pensent pas que les autorités chinoises prendront le risque de fournir des matières fissiles à leur allié pakistanais, au prix d’une détérioration de leurs relations avec les Etats-Unis. La Chine, qui appartient au club très fermé des cinq puissances nucléaires aux côtés des Etats-Unis, de la Russie, de la France et de la Grande-Bretagne, est soupçonnée d’avoir transmis au Pakistan de la technologie sophistiquée en matière d’armes nucléaires et de missiles. «En faisant exploser trois...