Le pont aérien sur Berlin en 1948, opération sans précédent avec un atterrissage toutes les trois minutes pendant un an d’avions cargo, a révolutionné la logistique militaire. «Rien n’approche l’intensité du pont aérien sur Berlin, rien avant et rien depuis», affirme Roger Miller, un historien de l’armée de l’air et auteur d’un récent livre sur Berlin, «Pour sauver une ville». L’exploit a permis d’apporter de la nourriture à deux millions de Berlinois de l’Ouest pendant près d’un an, relevant l’un des premiers grands défis de la guerre froide lancés par l’Union Soviétique. Tout commença le 24 juin 1948 lorsque les Soviétiques ont bloqué les accès routier et ferroviaire à Berlin, pariant sur l’abandon forcé des Américains, Britanniques et Français, les trois forces occupantes de l’Allemagne à l’époque, outre l’URSS. Les autorités avaient maintenu ouverts trois couloirs aériens, mais jamais une telle opération n’avait été menée visant à ravitailler une ville par le ciel. Les services de renseignement soviétiques avaient prédit l’impossibilité de la tâche. «Les Russes n’ont jamais fait de pont aérien et n’ont pas pris le nôtre au sérieux jusqu’à ce qu’il ne soit trop tard», indique le major-général William Tunner, qui dirigea le pont aérien à partir de juillet 1948. De fait, l’opération était intimidante et risquée, même pour cet officier qui dirigea pendant la Deuxième Guerre mondiale l’acheminement de vivres à travers l’Himalaya aux troupes américaines et chinoises, assiégées par les Japonais. Les premières missions livrèrent seulement 80 tonnes de lait, de farine et de médicaments. Les planificateurs américains avaient calculé qu’il fallait livrer 4.500 tonnes de charbon et de nourriture par jour à Berlin-Ouest pour assurer la survie de ses habitants. Rythme effréné L’avion-cargo C-47, disponible au début de la crise, ne pouvait transporter que trois tonnes de cargo. Un porteur plus gros, le Douglas C-54 Skymasters, utilisé un peu plus tard, pouvait, lui, transporter 10 tonnes par vol. «Ce que nous allions apprendre, c’est qu’il fallait abandonner la vieille mentalité des lignes d’avions (...) et développer un service professionnel capable de conduire une telle opération», affirme Roger Miller. «Mais, au-delà, nous avons démontré ce que les gens comme Tunner savaient déjà: qu’il nous fallait des avions plus gros», ajoute-t-il. Le général Tunner, précise M. Miller, «a joué à cet égard un rôle critique. Aucune personne n’a eu plus de foi dans le pont aérien et aucune n’a eu autant d’impact sur le déroulement de l’opération». Les vols se sont ainsi succédé à un rythme effréné, avec des atterrissages toutes les trois minutes, à intervalles réguliers de quinze minutes à chaque niveau d’altitude. Les Américains empruntaient un couloir aérien au sud depuis Francfort et rentraient en utilisant un couloir central, tandis que les Britanniques décollaient et atterrissaient en empruntant un couloir au nord. La France a également participé au pont aérien. Quelque 250 appareils avaient été déployés pour le pont aérien, décollant ou atterrissant toutes les 90 secondes. «L’exploit de faire atterrir des avions à trois minutes d’intervalle sur trois pistes géographiquement proches, utilisant des couloirs de 32 kilomètres de large, 24 heures sur 24, sous toutes les conditions climatiques – vous ne le verrez jamais plus, en partie à cause du pont aérien sur Berlin», affirme encore l’historien. Au moment où les Soviétiques rouvraient l’accès vers Berlin le 12 mai 1949, les appareils américains et britanniques avaient effectué plus de 275.000 rotations et livré 2,3 millions de tonnes de cargo. Il y eut 70 accidents d’avions et 83 morts. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le pont aérien sur Berlin en 1948, opération sans précédent avec un atterrissage toutes les trois minutes pendant un an d’avions cargo, a révolutionné la logistique militaire. «Rien n’approche l’intensité du pont aérien sur Berlin, rien avant et rien depuis», affirme Roger Miller, un historien de l’armée de l’air et auteur d’un récent livre sur Berlin, «Pour sauver une ville». L’exploit a permis d’apporter de la nourriture à deux millions de Berlinois de l’Ouest pendant près d’un an, relevant l’un des premiers grands défis de la guerre froide lancés par l’Union Soviétique. Tout commença le 24 juin 1948 lorsque les Soviétiques ont bloqué les accès routier et ferroviaire à Berlin, pariant sur l’abandon forcé des Américains, Britanniques et Français, les trois forces occupantes de...