Berlin s’apprête à célébrer, en présence de Bill Clinton, les 50 ans du pont aérien qui a répondu pendant plus d’un an au blocus de la ville imposé par l’URSS et fait pencher les Allemands de l’Ouest du côté de l’Europe atlantique. Le président américain se rendra dans la capitale de l’Allemagne réunifiée les 13 et 14 mai, invité par le chancelier Helmut Kohl, avant de se rendre à Birmingham (Grande-Bretagne) au sommet des pays les plus industrialisés. Le pont aérien de 1948-49, gigantesque opération de ravitaillement, destinée à quelque 2,5 millions de Berlinois de l’Ouest, a frappé l’opinion d’un pays encore en ruines. A peine trois ans après la capitulation du IIIe Reich nazi, 78 Allemands, Britanniques et Américains, pilotes et mécaniciens pour la plupart, y ont trouvé la mort, cette fois pour une même cause. Elle a été décidée le 24 juin 1948, au lendemain du début du blocus. Les premiers appareils, des Dakotas britanniques, ont décollé le 25 pour ravitailler une garnison, et le pont proprement dit a commencé le 26 juin, avec le décollage d’appareils américains, notamment des C-54 arrivés d’Alaska, de Hawaï et des Caraïbes, et britanniques. Les Soviétiques voulaient protester contre l’application à Berlin-Ouest de la réforme monétaire créant le Deutsche Mark, étape cruciale dans la création d’un Etat souverain. Ils espéraient peut-être à terme l’abandon de Berlin par les Occidentaux. Système D Invoquant incidents techniques et travaux divers, le maréchal Vassili Sokolovski, commandant en chef des troupes soviétiques en Allemagne, fit couper toutes les communications ferroviaires et routières entre la zone occupée par l’Armée rouge et celles occupées par les alliés occidentaux. Les communications fluviales avaient été coupées quelques semaines plus tôt. Les approvisionnements provenant de la zone soviétique (aliments, électricité, gaz) cessèrent du jour au lendemain. Le gouverneur militaire américain, le général Lucius D. Clay, dénonça la «tentative d’intimidation politique la plus brutale de l’Histoire moderne» et décida d’approvisionner Berlin par les airs, un projet en apparence irréalisable. Il nécessitait de mobiliser au minimum 500 avions pour livrer 7.000 tonnes de marchandises par jour et assurer la simple subsistance des Berlinois. Au point que Moscou croira un moment à un bluff. Pendant plus de quinze mois, jusqu’au 30 septembre 1949, appareils américains et britanniques effectueront plus de 277.000 vols (200 vols par jour) sur Berlin par les trois couloirs aériens autorisés par les Soviétiques. Les Français, alors accaparés par la guerre en Indochine, apportèrent leur contribution en faisant construire un aéroport supplémentaire, Berlin-Tegel. Les travaux en furent achevés, selon la presse de l’époque, grâce au système D. Les matériaux nécessaires à la construction provenaient du marché noir, donc le plus souvent des Soviétiques eux-mêmes. Malgré tout, l’hiver 1948-49 fut terrible pour les Berlinois. L’électricité n’était distribuée que quatre heures par jour et le charbon fut parfois sévèrement rationné, obligeant les assiégés à brûler les arbres des parcs. Le 12 mai 1949, jour où les Soviétiques annonçaient la levée du blocus, les gouverneurs militaires américain, britannique et français approuvaient la Loi fondamentale (Constitution) élaborée par un Conseil parlementaire allemand. Le 21 septembre, la République fédérale d’Allemagne était officiellement fondée, neuf jours avant la fin du pont aérien. (AFP)
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