L’Irak a officiellement condamné mardi la décision de la Ligue arabe de reporter au 24 janvier une réunion des ministres arabes des Affaires étrangères, pour discuter d’un sommet arabe, la qualifiant de «précédent dangereux». «Cette décision surprenante est condamnable car elle viole les règles de fonctionnement de la Ligue, stipulant qu’une réunion ministérielle pouvait se tenir au lieu et à la date indiqués si elle recueille l’accord d’une majorité simple des membres», a indiqué un porte-parole du ministère irakien des Affaires étrangères, cité par l’agence Ina. La réunion ministérielle était initialement prévue mercredi au Caire pour discuter du sommet arabe sur l’Irak demandé par l’Irak. Mais le secrétaire général de la Ligue arabe, Esmat Abdel Méguid, a annoncé lundi son report au 24 janvier, «à la demande des pays du Golfe». «C’est un précédent dangereux car aucune réunion de la Ligue n’a été annulée ou reportée dans le passé, en raison de la non-acceptation par une minorité» des membres. «De plus, le secrétaire général de la Ligue a justifié ce report par une demande des pays du Golfe, or seulement trois n’ont pas donné leur accord (sur un total de six membres de cet ensemble)», a ajouté le porte-parole, rappelant que les Émirats arabes unis ont annoncé qu’ils n’avaient pas demandé un tel report. Le porte-parole accuse le secrétariat général de la Ligue de s’être soumis à la volonté d’une seule partie connue, qui a été elle-même soumise aux pressions américaines, en référence à l’Arabie séoudite. Des sources proches de la Ligue arabe et des journaux égyptiens affirmaient mardi que le ministre séoudien des Affaires étrangères, le prince Séoud al-Fayçal, avait demandé le report lors d’une rencontre, dimanche, avec Abdel-Méguid. Les Émirats arabes unis, l’un des six États membres du Conseil de coopération du Golfe, ont démenti avoir demandé un report. «Les EAU confirment qu’ils n’ont pas demandé le report de la réunion consultative des ministres des Affaires étrangères. Les EAU ont salué la tenue de la réunion et ont soutenu la proposition du Yémen de réunir d’urgence un sommet arabe pour réduire les divergences et resserrer les rangs», écrit l’agence WAM. La presse irakienne a pour sa part condamné ce report, «concocté», selon elle, par les États-Unis et qui «vise à absorber la colère populaire qui a explosé au sein de la nation arabe», après les frappes américano-britanniques, selon le quotidien al-Joumhouriya. Le quotidien officiel al-Qadissiya s’en est pris également aux «agents des États-Unis qui tentent d’avorter toute démarche des gouvernements arabes qui reflète la colère populaire qui s’est manifestée après l’agression américano-britannique». Toujours selon le journal, l’Arabie séoudite et le Koweït craignaient qu’une réunion des ministres des Affaires étrangères se solde par une déclaration de soutien à l’Irak, tout comme la réunion des parlementaires arabes qui s’est tenue dimanche à Amman. La réunion d’Amman, à laquelle le Koweït n’a pas participé, a condamné les frappes américano-britanniques en disant qu’elles mettaient en péril la paix régionale et aggravaient les souffrances du peuple irakien soumis depuis huit ans à des sanctions des Nations unies. Le report de la réunion du Caire montre que les pays arabes ne parviennent toujours pas à dégager de consensus sur leurs relations avec Bagdad, huit ans après l’invasion du Koweït par l’Irak et l’intervention multinationale qui a suivi pour l’en expulser. «Les sommets arabes se contentent de reproduire les différends entre Arabes», note Nabil Abdel Fattah, expert du centre al-Ahram pour les études stratégiques et politiques. Le président égyptien Hosni Moubarak a déclaré lundi que l’Égypte s’opposait aux frappes contre l’Irak mais qu’elle ne soutenait pas le président Saddam Hussein. Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Amr Moussa, a affirmé lundi que le report de cette réunion avait été décidé pour «bien la préparer». Le ministre qatari des Affaires étrangères, le cheikh Hamad ben Djassim ben Djabr al-Sani, a déclaré pour sa part que Qatar était favorable à un sommet arabe sur l’Irak tout en exprimant la crainte qu’un tel sommet «se conclue par les mêmes généralités que d’habitude». «La plupart des sommets arabes se concluent sur une note insipide», avait-il dit lundi, en conseillant au peuple irakien de ne pas trop espérer d’un tel sommet. Les dirigeants arabes ont tenu leur dernier sommet au Caire en juin 1996.
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