Tête baissée, un soldat irakien prie devant une statue de la Vierge Marie dans le centre de Bagdad, mains ouvertes pour une supplication muette en cette journée de Noël, le neuvième sous embargo pour les Irakiens. A l’intérieur d’une église voisine, aux murs qui s’effritent, à la peinture qui s’efface, une douzaine d’hommes et de femmes se sont retrouvés pour la messe. Ils prient et chantent, leurs mains tiennent de petits livres de prières noirs, usés. Des statues de saints reposent dans les nombreuses alcôves, dont l’une est occupée par le tombeau d’un prêtre depuis longtemps oublié. La feuille d’or qui recouvrait le dôme a perdu ses couleurs et s’écaille. C’est le jour de Noël, mais dans cette capitale où de nombreux cultes sont représentés, les divisions apparaissent faibles, en regard de la situation dans d’autres pays de la région. «Il n’y a pas de différence entre une église et une mosquée. Je viens ici toutes les semaines pour me recueillir et je suis heureuse pour tous ceux qui participent aux célébrations», explique une musulmane voilée, Sajde. Alors que les chrétiens, revêtus de leurs plus beaux habits, sortaient des églises après la messe, l’appel à la Grande prière hebdomadaire, la première depuis le début du mois de jeûne musulman de Ramadan, résonnait à travers la ville. Pour beaucoup, la fête ne sera pas plantureuse. Si la nourriture abonde, l’argent manque. Beaucoup limitent leurs dépenses à quelques douceurs, et les sorties se limitent à une visite dans les familles, explique le père Douglas Al-Basi, un prêtre d’une église voisine. «Nous avons 700 familles ici, la plupart sont très pauvres. Nous avons un père Noël, un emprunt à l’Occident, mais nous avons ajouté notre touche personnelle: nous avons aussi une Mère Noël». Malgré la dureté de la vie sous les sanctions, et les récents bombardements, les fidèles s’embrassent et rient dans les églises. «En Irak, la vie est un miracle. Même avec toutes les souffrances que nous avons endurées, les bombes, l’embargo, quand Noël arrive tout le monde est heureux. Nous souffrons à l’intérieur, mais nous sommes heureux», explique le père Al-Basi.
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