À l’extérieur de la station Mir, un corps flotte, engoncé dans un lourd scaphandre : le cosmonaute russe Viktor Afanassiev vient de s’évanouir lors d’une sortie dans l’espace. Son équipier, le Français Jean-Pierre Haigneré, va devoir le ramener sain et sauf dans la station, au prix d’un violent effort physique. Au-dessus des deux scaphandres, un chapelet de bulles d’argent monte vers la surface de l’eau. Nous sommes à la Cité des Étoiles, dans la piscine où sont immergées les maquettes des modules de Mir. Haigneré et Afanassiev sont à l’entraînement. Ils simulent les situations qu’ils pourraient rencontrer lors de la sortie dans l’espace, prévue lors de leur prochain séjour sur Mir, de fin février à début juin. Après trois heures de travail, c’est un Jean-Pierre Haigneré épuisé mais radieux qui s’extirpe de son énorme scaphandre pressurisé avec l’aide de quatre assistants russes: «Un peu fatigué... mais ça va. C’est un exercice qui nous fait bien sentir la difficulté due à la rigidité du scaphandre. La deuxième difficulté, c’est de faire toujours très attention à rester attaché à Mir. Dans l’espace, si l’on perd le contact avec la station, on est irrémédiablement perdu...». Une doublure Cette sortie dans l’espace, destinée à manipuler des expériences préparées par des scientifiques français, Jean-Pierre Haigneré, 50 ans, y pense depuis son premier vol sur Mir, en 1993. «Je rêve déjà d’ouvrir l’écoutille, de regarder la terre défiler 400 kilomètres au-dessous et de me promener dans mon petit scaphandre», dit le Français, qui totalisera une quinzaine de séances de piscine à la fin de son entraînement de six mois. Chaque matin, le cosmonaute arrive à l’entraînement à bicyclette, après avoir traversé sous la neige la Cité des Étoiles, petite ville fermée de 6 500 âmes nichée dans les forêts de pins et de bouleaux au nord de Moscou. Non loin de la piscine, se trouve la réplique de la navette Soyouz à bord de laquelle les équipages quittent la terre et y reviennent. Là, enfermés dans cet espace incroyablement exigu, couchés sur le dos, les jambes mi-pliées, les trois hommes d’équipage répètent inlassablement les manœuvres de décollage, de mise en orbite et de retour sur terre. Jean-Pierre Haigneré, premier non-Russe à occuper la fonction d’ingénieur de bord, y est responsable de la sécurité de ses équipiers. À chaque entraînement, il est confronté à quelques-uns des 300 incidents répertoriés dans l’ordinateur. À chaque fois, cet ancien pilote d’essai doit refaire la preuve de sa capacité à gérer avec sang-froid les situations les plus dangereuses et imprévisibles. Outre les séances en piscine et en simulateur, le sport obligatoire, l’apprentissage des expériences qu’ils devront effectuer dans l’espace, Haigneré et sa doublure Claudie André-Deshaye doivent aussi assimiler les cours théoriques dispensés en russe. Les deux Français, à l’entraînement à Moscou depuis plusieurs années, maîtrisent bien les différentes matières de base obligatoires: «Mais la qualification d’ingénieur de bord pour Soyouz et Mir que nous recevons cette fois nous oblige à réviser chaque soir et même le week-end», raconte Claudie André-Deshaye, ravie d’acquérir, à 41 ans, des compétences qui feront d’elle une candidate sérieuse aux vols du XXIe siècle sur la station spatiale internationale.
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