L’importance des primes offertes lors de l’Euro-98 portait en germe une évolution étonnante et sans doute durable de la natation. À Sheffield, trois jours durant, les nageurs ont montré qu’ils avaient été les plus rapides à le comprendre. Pour valoriser les compétitions en petit bassin, la Ligue européenne avait décidé d’ouvrir son porte-monnaie (67 000 F pour un record du monde, 16 000 pour un record continental), mais ses responsables n’imaginaient pas devoir payer une addition approchant le million de francs. Avec huit records du monde, dont deux en séries, établis, battus ou améliorés et une gerbe de records d’Europe, les nageurs ont montré combien ils étaient capables d’intégrer l’ensemble des paramètres d’un système où performances et argent ont directement partie liée. Désireux de participer à cette «ruée vers l’or», nombre d’entre eux avaient préparé ces deuxièmes Championnats d’Europe en petit bassin comme une épreuve majeure, notamment le Britannique Mark Foster (records du monde du 50 m libre en séries et en finale). «Chasse au trésor» À une période peu propice aux performances, on a donc vu des nageurs affûtés comme des rasoirs, ayant particulièrement travaillé leur physique, comme la Néerlandaise Inge De Bruijn, et leur technique. Or, la compétition la plus prestigieuse cette saison, l’Euro en grand bassin, est prévue dans... huit mois, mais là il n’y aura pas de primes. On peut donc se demander si ces nageurs n’ont pas déjà décidé d’y faire de la figuration et, si tel n’est pas le cas, à quel moment ils ont prévu de travailler, le Mondial-99 en petit bassin étant prévu en avril. Par ailleurs, malgré l’avalanche de «chronos» de Sheffield, il ne faut pas se méprendre sur la valeur réelle de ce type de compétition, notamment rapportée aux Jeux olympiques. De fait, sur la masse des records mondiaux ou continentaux enregistrés (28), seuls six (50 libre et 100 papillon messieurs et dames, ainsi que 400 libre messieurs et 200 libre dames) figurent au programme olympique. Pour le reste, on observera que tous les relais (les anecdotiques 4 x 50 m libre et 4 nages) et 50 m de spécialité (dos, brasse, papillon), sauf le 50 brasse dames, ont été concernés par la «chasse au trésor». Ces records sont venus de nageurs hyper-spécialisés (notamment les Allemands Warnecke et Rupprath) et à la technique très particulière, ayant bien perçu toutes les implications de ce flux d’argent soudain. La modification dans l’échelle des compétitions dont Sheffield a été l’exemple pourrait contraindre à terme les principales nations à revoir leurs stratégies de préparation, en espérant qu’elle ne pousse pas davantage les nageurs sur la voie du dopage.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’importance des primes offertes lors de l’Euro-98 portait en germe une évolution étonnante et sans doute durable de la natation. À Sheffield, trois jours durant, les nageurs ont montré qu’ils avaient été les plus rapides à le comprendre. Pour valoriser les compétitions en petit bassin, la Ligue européenne avait décidé d’ouvrir son porte-monnaie (67 000 F pour un record du monde, 16 000 pour un record continental), mais ses responsables n’imaginaient pas devoir payer une addition approchant le million de francs. Avec huit records du monde, dont deux en séries, établis, battus ou améliorés et une gerbe de records d’Europe, les nageurs ont montré combien ils étaient capables d’intégrer l’ensemble des paramètres d’un système où performances et argent ont directement partie liée. Désireux de...