Les États-Unis ont réagi avec flegme au coup de sang russe suscité par les frappes américaines et britanniques contre l’Irak, en dépit du rappel jeudi par Moscou de son ambassadeur aux États-Unis pour «consultations». Cette mesure, appliquée dans des situations diplomatiques graves, a été qualifiée simplement de «regrettable» par le porte-parole du département d’État, James Rubin. Elle ne semble pas non plus avoir ému outre mesure le secrétaire d’État, Madeleine Albright, qui a même laissé entendre clairement que la vigueur de la réaction russe aux frappes en Irak s’expliquait par l’incapacité de la Russie de pouvoir influer sur le cours des événements. «Je pense qu’ils sont extrêmement frustrés de ne pas avoir été en mesure de persuader Saddam Hussein de respecter ses obligations» vis-à-vis de l’Onu, a déclaré Mme Albright. La Russie, membre permanent du Conseil de sécurité, a toujours déclaré son opposition à l’usage de la force militaire pour régler le différend opposant Bagdad aux Nations unies à propos du désarmement de l’Irak. Le Premier ministre russe Evgueni Primakov est également connu pour ses relations de longue date avec Saddam Hussein. «Je pense qu’ils ont essayé de trouver quelque moyen de persuader Saddam Hussein de respecter ses obligations», a commenté le secrétaire d’État. «Ce qui est intéressant est qu’ils ne nient pas le fait qu’il doive respecter ses obligations et ils se sont efforcés dans le passé de le persuader, en lui dépêchant toute une série d’émissaires (...) Je dirais qu’ils sont déçus de voir que cela n’a pas marché», a poursuivi Mme Albright. Tout en indiquant que la réaction russe constituait pour les États-Unis le contraire d’une surprise, elle s’est empressée d’ajouter que Washington considérait ses relations avec Moscou comme «très importantes, et nous coopérerons où nous le pouvons sur de nombreux problèmes. Et nous gérerons nos désaccords là où nous le devons». Une vigueur inhabituelle Les États-Unis apparaissent confiants dans les perspectives des relations russo-américaines, attendant que le coup de semonce russe se dissipe. Moscou a pourtant manifesté son irritation avec une vigueur inhabituelle devant les frappes américaines et britanniques en Irak. Le Kremlin et la Douma (la Chambre basse du Parlement russe), dominée par l’opposition communiste et nationaliste, se sont retrouvés sur la même longueur d’onde pour conspuer Washington et Londres. Le Kremlin a estimé que l’on pouvait «faire une croix» sur la ratification de l’accord START II par la Douma, que réclame Washington depuis des années. Signé en 1993, START II prévoit de diminuer le nombre des ogives nucléaires à 3 500 pour les États-Unis et 3 000 pour la Russie. La Douma s’oppose à sa ratification, estimant que l’accord présente des dangers pour la sécurité de la Russie. La Douma a aussi adopté une résolution, non contraignante, qualifiant de «terrorisme international» les frappes contre l’Irak et appelant à augmenter le budget militaire russe. Mais les États-Unis considèrent surtout que la mauvaise humeur de la Russie ne peut durer indéfiniment en raison de la très grave crise économique et financière que traverse ce pays, Moscou ayant besoin de l’appui américain auprès des institutions financières internationales. Une délégation américaine s’était rendue début décembre à Moscou pour expliquer que l’aide de 20,6 milliards de dollars du FMI destinée à la Russie ne serait débloquée que lorsque les réformes économiques seraient mises en œuvre à Moscou.
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