Un mois en France, deux semaines au Liban. Faddoul Khalouf, restaurateur agréé des Musées nationaux et monuments historiques de France, fait inlassablement la navette entre ses ateliers de Beyrouth et de Tours. Dans son atelier d’Achrafieh, il s’est attelé, après une longue attente, à la restauration des toiles appartenant à l’État libanais. Texte: Plus de 100 tableaux à restaurer en trois ans. Un contrat enfin obtenu «grâce à l’équipe du ministère de la Culture -département des affaires culturelles- qui a activé le processus». Pour Faddoul Khalouf, un pays sans patrimoine n’a pas d’identité. «Il est donc primordial de préserver, entre autres, nos richesses artistiques». Il s’agit ici d’une collection que le ministère de l’Éducation nationale avait commencé à constituer avant la guerre. En achetant les trois premiers prix du Salon du Printemps, qu’il organisait chaque année au Palais de l’Unesco. «Le ministère -de la Culture aujourd’hui- possède en tout 1 250 œuvres», précise Khalouf. «1 100 toiles et 150 sculptures, dessins, aquarelles… Il y a aussi quatre tableaux du 18e siècle. Cadeau d’une femme d’origine libanaise, Marie Khoury, installée aux Etats-Unis», ajoute-t-il. «J’ai restauré ces quatre œuvres en 1981». I/T : Priorité Le premier lot «de priorité» sur lequel travaillent Faddoul Khalouf et son équipe a été sélectionné par des experts. Il comprend des tableaux contemporains, le plus ancien remontant à 1880. Signés Farroukh, Ounsi, Khalifé, Bacha, Kanaan, Madi, Jouni, Guiragossian, Wehbé… Des œuvres qui ont passé la guerre dans un bâtiment de l’Unesco souvent bombardé. Qui sont même restées stockées, pendant deux ou trois ans, dans une pièce sans vitres. En proie à l’humidité, à la poussière, aux bestioles…« C’est en 1983 qu’on a pu sauver cette collection, grâce au président René Moawad qui était alors ministre de l’Education nationale. Les œuvres ont été transportées à la Banque centrale». Aujourd’hui, elles sont à nouveau dans une salle de l’Unesco. I/ T : Technique et récompense Après des études de restauration à Rome, c’est en Angleterre, à Oxford, que Faddoul Khalouf apprend la restauration de la céramique et du verre. À la Bibliothèque nationale de Paris, il aborde ensuite la restauration du papier. Aujourd’hui, dans son atelier de Beyrouth, il traite la toile uniquement. En France, il s’occupe de peinture sur toile, sur papier et sur bois. Un travail «purement technique et scientifique», souligne-t-il. «Si la couche picturale est usée, alors je m’avoue vaincu. Je ne peux pas recréer le travail d’un peintre». Et d’expliquer que le peintre, pour sa part, ne peut pas restaurer ses propres toiles. «C’est un créateur, il ne peut que donner de lui-même, même inconsciemment. Or un restaurateur doit être objectif, neutre». — Signalons que Faddoul Khalouf vient de recevoir le grand prix départemental (Indre et Loire) des métiers d’art «pour le conservateur-restaurateur du patrimoine mobilier et immobilier». Un prix attribué tous les quatre ans à un lauréat qui devient ipso facto candidat pour le grand prix régional. Qui conduit, ensuite et enfin, au grand prix national français.
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