Voilà un livre grave mais que la poésie porte sur des ailes un peu tristes... Voué à la poésie, Wadih Saadé, qui a toujours taquiné les muses et réfléchi sur l’état d’écrire, vient de publier aux éditions al-Massar un petit ouvrage intitulé Nass al Ghiab (Le texte de l’absence, 71 pages). Il y est certes question toujours de poésie mais l’auteur aborde un thème important: écrire remplace-t-il la vie? Écoutons-le livrer ses aveux: «Moi l’écrivain, je me confesse, j’ai longtemps cherché dans l’écriture la vie et je ne l’ai point trouvée. Je n’ai trouvé ni la vie ni le temps ni le lieu ni la liberté». Voilà tracées les grandes lignes de ce combat où s’affrontent les mots et les notions volatiles d’une existence. Entre analyse littéraire et introspection, le poète fait le tour d’horizon du pouvoir du verbe... De ses mirages, de ses illusions... Regard un peu désabusé en mélancolique qui tire des contradictions du vécu et de l’absence de vie un discours aux confins philosophiques, un discours solitaire où le monologue et le soliloque ont des allures d’une prose poétique un peu rhétoricienne... Pourquoi écrire? Qui pourrait jamais y répondre avec clarté et exactitude? Même Sartre avait abordé incidemment le sujet avec À quoi sert la littérature?. Vivre pour écrire ou écrire pour vivre? Voilà des zones d’ombre où la lumière n’est jamais suffisante... Wadih Saadé dissèque sa vocation en ces termes : «Le dialogue avec l’écriture c’est le dialogue du silence. Le temps de l’écriture est le temps de l’absence. Le lieu de l’écriture est un non-lieu. Pas de vie avec les mots. La vie pourrait être là-bas... en dehors des mots. L’écriture est l’absence de vie. La vie on la croise peut-être en marchant, en s’asseyant, sous un arbre ou sur un trottoir. Peut-être qu’elle vient à l’improviste, par un baiser ou une balle mais pas par l’écriture!». Considérations bien sombres et pessimistes, et peut-être vraies que l’auteur transcende toutefois en jetant un regard plus conciliant, plus libéré où l’âme et l’esprit triomphent des contraintes et des servitudes de la chair et du corps. Écrit dans une langue arabe admirable de simplicité, de fluidité et de clarté, animé par un souffle à la fois tendu et rêveur, éclairé par une poésie sous-jacente, ce livre est en fait l’apologie même de l’acte d’écrire.
Voilà un livre grave mais que la poésie porte sur des ailes un peu tristes... Voué à la poésie, Wadih Saadé, qui a toujours taquiné les muses et réfléchi sur l’état d’écrire, vient de publier aux éditions al-Massar un petit ouvrage intitulé Nass al Ghiab (Le texte de l’absence, 71 pages). Il y est certes question toujours de poésie mais l’auteur aborde un thème important: écrire remplace-t-il la vie? Écoutons-le livrer ses aveux: «Moi l’écrivain, je me confesse, j’ai longtemps cherché dans l’écriture la vie et je ne l’ai point trouvée. Je n’ai trouvé ni la vie ni le temps ni le lieu ni la liberté». Voilà tracées les grandes lignes de ce combat où s’affrontent les mots et les notions volatiles d’une existence. Entre analyse littéraire et introspection, le poète fait le tour d’horizon...
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