Une série de découvertes de peintures rupestres dans des grottes perdues de la partie indonésienne de l’île de Bornéo ouvre de nouvelles perspectives sur la préhistoire de cette partie du monde située entre Asie du Sud-Est et Australie. Les photos et relevés rapportés des grottes calcaires de la région au nord-ouest de Sangkuliran, au Kalimanantan oriental (partie indonésienne de Bornéo), présentent de grandes analogies avec l’art rupestre observé tout le long de l’Insulinde et jusqu’en Australie. Ces ressemblances pourraient peut-être manifester l’existence de contacts ou de l’influence de communautés aborigènes de l’ouest du détroit de Makassar, il y a un peu plus de 10 000 ans. Cependant, les explorateurs aventuriers, mais avant tout scientifiques et chercheurs, de l’équipe franco-indonésienne à l’origine de ces trouvailles font preuve de prudence, soucieux d’éviter de déclencher des polémiques. Jean-Michel Chazine, ethno-archéologue au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) qui, avec Luc-Henri Fage, spéléologue, a conduit ces expéditions dans ces régions reculées, fait de son mieux pour maîtriser son enthousiasme. «Le nombre, la qualité de conservation et la variété des motifs sont tout à fait nouveaux pour Bornéo. La diversité et l’unicité des peintures demandent rapidement une attention et un programme d’investigation beaucoup plus important que ce qui a été entrepris jusqu’à présent», dit-t-il en commentant les trouvailles faites. Datation à faire «Les diverses recherches conduites dans les archipels voisins devraient pouvoir profiter de la découverte de ces peintures qui fournissent une image nouvelle de l’occupation de l’espace en Asie du sud-est insulaire», ajoute-t-il. Pour Jean-Michel Chazine, il est probable que ces nombreuses mains en éventail peintes en négatif, ces tracés linéaires, aux couleurs ocre sur des parois ou des plafonds de grottes claires présentent une «analogie frappante avec les représentations des aborigènes d’Australie». De même, des tracés sur certaines mains au pochoir évoquent des tatouages «très fréquents dans l’expression picturale des aborigènes», dit-il. Encore beaucoup de recherches sont nécessaires sur place, au cœur de ces massifs isolés, à plusieurs jours de marche de toute route ou de tout village mais aussi en laboratoire. La question de la datation de ces peintures notamment reste encore à être sinon faite, du moins affinée: pour le moment, la fourchette la plus large les date entre 6 000 et 20 000 ans. Il reste aussi à essayer de définir s’il existe un vrai style propre à Bornéo et d’établir ou préciser sa parenté avec l’art préhistorique des archipels voisins jusqu’aux aborigènes d’Australie. Beaucoup de ce travail d’équipe revient à Pindi Setiawan, un chercheur de l’Institut de technologie de Bandung, la ville universitaire au sud-est de Djakarta. La découverte de ces grottes et de ces peintures, dont l’étude jette une lumière nouvelle sur le peuplement de cette région, a commencé par hasard, il y a bientôt dix ans. Luc-Henri Fage, au cours d’une expédition spéléologique en 1988 à Bornéo, avait par hasard trouvé dans une grotte des dessins au charbon de bois dont il avait fait le relevé. Une première expédition, montée avec Chazine, en 1992, apportait son nouveau lot de trouvailles. Ainsi en a-t-il été tous les ans depuis à l’exception de 1997 où l’expédition a dû être reportée pour cause d’incendies géants dans la région et au début de 1998 pour cause d’élections et d’instabilité politique.
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