Malgré le manque de statistiques, il n’est pas difficile de noter combien effrayant est le nombre de femmes battues et sujettes à la violence dans notre société. Pourtant, le sujet reste tabou. Mariées, divorcées ou célibataires, enfants ou adultes, des femmes appartenant à toutes les couches sociales continuent de subir des sévices qu’elles avouent rarement. Combattre ce fléau est le but sur lequel va se concentrer l’Unifem (Fonds des Nations unies pour le développement des femmes) cette année. À cet effet, une campagne a été lancée pendant les seize jours qui précèdent le cinquantième anniversaire de la Déclaration des droits de l’homme. Dans le cadre de cette campagne, le Conseil libanais pour la protection des femmes contre la violence (une ONG qui s’est jointe aux activités) a organisé hier une conférence à l’Ordre de la presse sur le thème : droit des femmes et jeunes filles à une vie exempte de violence. La violence peut engendrer toutes sortes de maux psychologiques autant que physiques : une peur continuelle, un sentiment de culpabilité inexpliqué, une infériorisation… Un point essentiel a été soulevé lors de la conférence : la violence de l’homme est complétée par l’injustice et la rigueur des lois qui défavorisent nettement la femme. Une étude entreprise sur un échantillon de 92 femmes (parmi celles qui se sont tournées vers l’association) a été notamment présentée par le Conseil libanais pour la protection des femmes contre la violence. Le président de l’Ordre de la presse, M. Mohammed Baalbacki, a jugé inadmissible la violence contre les femmes et estimé qu’elle était un indicateur du sous-développement d’un pays. Il a par ailleurs utilisé l’expression «sexe faible» à plusieurs reprises, plaisantant sur le fait que «la violence des femmes contre les hommes est souhaitable, mais non le contraire». La présidente du Conseil libanais, Mme Zoya Rouhana, a rappelé que les femmes sujettes à la violence appartiennent à toutes les classes sociales. «La violence peut prendre plusieurs visages, ce qui en fait un phénomène social dont les racines sont à chercher dans les rôles traditionnellement dévolus aux deux sexes dans la société», a-t-elle ajouté. Mme Rouhana a souligné que «la violence contre les femmes s’aggrave durant les guerres, ce que l’on peut constater aujourd’hui dans les régions du Liban Sud occupées par Israël». Mme Haïfa Abou Ghazali, conseillère au bureau régional de l’Unifem à Amman, a pour sa part précisé que «cette conférence fait partie d’une campagne internationale menée par l’Unifem cette année contre la violence sur les femmes». «L’un des buts de la campagne est d’attirer l’attention sur ce problème, qui demeure tabou dans les pays arabes», a-t-elle dit. Mme Abou Ghazali a ajouté que «la violence visée n’était pas seulement physique ou morale. Elle peut prendre toutes les formes de discrimination». Violents et universitaires Les résultats de l’étude du Conseil libanais ont été présentés par Mme Rafif Rida Saïdawi, chercheur, et M. Harly Boustany, avocat (qui a traité le volet juridique). Mme Saïdawi s’appuyant sur l’étude, a constaté que «l’homme est responsable de la violence dans 100% des cas, puisque nous n’avons rencontré que deux cas où des actes violents étaient perpétrés par un homme et une femme, celle-ci en l’occurrence étant la mère». Les enfants deviennent souvent victimes dans une telle atmosphère. Selon des chiffres avancés par Mme Saïdawi, sur les enfants de 74 femmes (le total des femmes mariées et divorcées dans l’enquête), 34 % subissent des actes de violence et 50 % sont battus par le père. En d’autres termes, 16 % seulement échappent à la violence. Par ailleurs, Mme Saïdawi a soulevé le fait que les critères qui déterminaient la violence domestique étaient très difficiles à définir : «Le niveau académique n’est pas un critère puisque 15 % des hommes qui battent leurs femmes sont universitaires. Le critère de la crise économique et de la classe sociale n’est pas non plus tout à fait déterminant. Le travail des femmes ne l’est pas non plus puisque 18 % d’entre elles ont des emplois. Par ailleurs, deux causes essentielles du déclenchement de la violence ont été repérées : le mariage précoce de la femme et une trop grande différence d’âge». Les célibataires, elles, sont exposées au viol et au harcèlement sexuel. Dans la moitié des cas, le responsable est le patron, le professeur, le cousin ou le mari de la mère, alors que dans l’autre moitié des cas, le responsable est le père. Les femmes divorcées subissent elles aussi toutes sortes de violence : la rigueur des lois, l’interdiction de voir les enfants, la difficulté d’assurer leur existence… Mais Mme Saïdawi remarque que «la passivité des femmes encourage souvent la violence puisqu’il leur est difficile d’imaginer une autre vie que la leur, et elles cèdent alors à la peur». Lois injustes «La constitution libanaise prône l’égalité, et pourtant celle des hommes et des femmes n’est pas assurée», a dit M. Boustany. «Les lois libanaises sont injustes envers la femme et ouvrent toute grande la porte aux abus et à la violence». – M. Boustany a cité des exemples d’injustice dans les lois : Mariage très précoce de la femme (à partir de neuf ans) toléré dans les différents textes. – Viol domestique non reconnu. – Enlèvement des jeunes filles, un acte non pénalisé en cas de mariage. –Excuse absolutoire pour les hommes qui tuent ou blessent leur femme, sœur ou parente s’il les surprennent en flagrant délit d’adultère. – Problèmes des femmes battues : soit elles ne parlent pas par crainte du scandale, soit elles ne sont pas prises au sérieux quand elles se plaignent aux gendarmeries, soit encore elles sont menacées et soumises à des pressions par leurs familles pour les obliger à se taire. – Injustice lors du divorce, surtout concernant la garde des enfants et le système des pensions alimentaires. – Impossibilité pour la femme d’obtenir la nationalité libanaise pour son enfant.
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