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Actualités - Chronologie

Pour Karima, la voyante de Bagdad, il n'y aura pas de frappe

Karima, la voyante de Bagdad est catégorique : il n’y aura pas de frappe, dit-elle pour rassurer les éventuels angoissés, bien que ce soit l’indifférence qui prime dans les rues de la capitale irakienne. Les cafés de la rue Rachid, au centre de Bagdad, sont pleins, comme d’habitude pour un jour de vendredi, repos hebdomadaire musulman. Un homme tire sur son narguilé et lit le journal officiel al-Saoura (Révolution), qui fait ses titres en rouge sur les menaces. L’ambiance paraît quand même décontractée. La radio diffuse une chanson d’Oum Kalthoum, la diva égyptienne, et d’autres clients jouent au tric-trac, assis sur les vieux bancs en bois de palmiers. Tous disent ne pas craindre une attaque, et plusieurs s’énervent contre les États-Unis. «Ils veulent nous tuer jusqu’au dernier, mais nous n’avons pas peur», dit Hamid, un enseignant d’une quarantaine d’années. Mais à en croire Karima, une voyante du quartier résidentiel de Yarmouk, certains s’inquiètent ne fût-ce que du fait de manquer d’informations et d’avoir le sentiment d’être dépassé par les évènements. «Ce sont surtout des femmes qui veulent savoir ce qui va se passer et qui craignent pour leurs enfants et leurs proches», dit-elle. Mais la frappe, à laquelle les États-Unis mettent la dernière touche en massant des troupes dans le Golfe, n’aura pas lieu, assure-t-elle. «Makou», résume-t-elle, pour dire «il n’y aura pas», en dialecte irakien. Elle a beau scruter son bol en porcelaine sous tous les angles, elle ne voit nulle part les traces d’une attaque. Elle déchiffre les dessins laissés sur le bol par le résidu d’une pincée de terre dissoute dans un peu d’eau. La terre provient de Kerbala, lieu saint chiite au sud de Bagdad, abritant le mausolée de l’imam Hussein. «Avant, je lisais dans le café», explique Karima, dont le prénom signifie généreuse. «Mais c’est devenu trop cher» à cause de l’embargo imposé à l’Irak depuis huit ans. «Vois cette rangée des petits points, ce sont leurs soldats qui se préparent, et ces traits, ce sont les avions», ajoute Karima, une petite brune âgée de 30 ans. Mais elle montre aussitôt du revers de son petit doigt une ligne en zig-zag qui mène à un petit rond. «Ce chemin difficile mène à une personnalité importante, c’est elle la solution», ajoute-t-elle. Quand on lui demande s’il s’agit du secrétaire général des Nations unies Kofi Annan, invité par le gouvernement à proposer une initiative, elle répond: «Peut-être». «Je ne vois pas de gens qui fuient, des maisons détruites, tout va s’arranger, Inchallah», dit Karima. Quoiqu’elle ne soit pas voilée, elle s’affirme croyante et dit tenir son don de voyance de Khodr, un compagnon de Moïse selon la théologie musulmane. «Il y a quinze ans, je suis tombée malade, et Khodr m’est apparu dans un rêve», dit-elle. Guérie aussitôt après, elle a fait des rêves prémonitoires et les femmes de son quartier ont commencé à croire à son don, qui lui rapporte en ces temps difficiles d’embargo bien plus que son ancien salaire de fonctionnaire.
Karima, la voyante de Bagdad est catégorique : il n’y aura pas de frappe, dit-elle pour rassurer les éventuels angoissés, bien que ce soit l’indifférence qui prime dans les rues de la capitale irakienne. Les cafés de la rue Rachid, au centre de Bagdad, sont pleins, comme d’habitude pour un jour de vendredi, repos hebdomadaire musulman. Un homme tire sur son narguilé et lit le journal officiel al-Saoura (Révolution), qui fait ses titres en rouge sur les menaces. L’ambiance paraît quand même décontractée. La radio diffuse une chanson d’Oum Kalthoum, la diva égyptienne, et d’autres clients jouent au tric-trac, assis sur les vieux bancs en bois de palmiers. Tous disent ne pas craindre une attaque, et plusieurs s’énervent contre les États-Unis. «Ils veulent nous tuer jusqu’au dernier, mais nous n’avons pas...