Au fur et à mesure que l’on se rapproche du 24, l’agitation s’accroît dans les milieux politiques. Non pas en fonction de la passation des pouvoirs, qui ne concerne finalement que deux personnes, mais par rapport à la formation du prochain Cabinet. Évidemment tout le monde veut en faire partie. Les exclus d’hier au nom du droit de compensation et les élus de toujours au nom du droit acquis. C’est le charivari, le tohu-bohu, l’auberge espagnole, une vraie foire d’empoigne. Le plus drôle étant que les seuls à rester impassibles sont les présidents concernés. Le général Lahoud d’abord qui ne veut pas aborder le sujet avant d’avoir qualité pour le faire. M. Rafic Hariri ensuite, qui ne peut pas bouger tant qu’il n’est pas fixé sur les intentions pratiques du nouveau régime. Mais les autres parties, les formations politiques comme les pôles individuels d’influence se battent pied à pied dans les coulisses. Les tractations de toutes sortes vont bon train, des alliances se font et se défont, des listes circulent, des cotations sont établies. Et presque tout ce petit monde, – politiciens, hommes d’affaires ou technocrates – court à Damas pour tenter de se gagner un incontournable appui. Ces touristes de luxe reviennent d’ailleurs des bords du Barada assez désappointés : on leur répond en effet poliment que leur cas est sans doute digne d’intérêt mais qu’ils feraient bien mieux de le plaider directement, le moment venu, auprès des autorités libanaises compétentes car c’est d’elles seules que viendra la décision. Cette fois, serait-on tenté d’ajouter… La branche libanaise du Baas syrien, rappelons-le, avait pris deux décisions : abolition du «comité Liban» qui, sous la supervision de M.Abdel Halilm Khaddam traitait au sein du parti des questions libanaises, dont la formation des Cabinets. Et déclaration de non-participation au prochain gouvernement, pour laisser les mains libres au président Lahoud, déclaration ultérieurement reconsidérée. À partir de ce conseil, certains ministrables culottés essaient à tout hasard la vieille méthode d’approche et de promotion : relancer des personnalités considérées comme proches du général Lahoud, pour se rappeler par la bande à son bon souvenir. Là aussi, déception : on leur promet au mieux de citer leurs noms devant le général, mais on souligne qu’il n’est en principe sensible à aucune recommandation, qu’il aurait même tendance à considérer d’un œil défavorable de tels pistons. Les mêmes sources confirment que le général garde absolument motus et bouche cousue sur ses vues concernant le futur Cabinet. D’une manière générale, il laisse entendre qu’au stade actuel il n’est que président élu, qu’il existe un chef de l’État en exercice, un gouvernement de même et qu’il n’y a pas de président du Conseil désigné pour qu’il ait lui-même son mot à dire ou des conditions à poser. Il reste cependant que le nouveau régime avait fait savoir d’entrée de jeu que, grosso modo, trois critères devraient jouer pour le choix des prochains ministres : la probité, la compétence et l’expérience. A priori, mais ce n’est là qu’une supputation parmi d’autres, l’élément de représentation politique n’est pas pris en compte d’une manière prioritaire, bien que le nouveau régime ait également fait savoir qu’il ne manquera pas de ménager la règle nationale du consensus. Toujours est-il que si l’on en croit les analystes introduits dans le système, on ne va pas cette fois prendre des ministres qui ont déjà servi car on voudra commencer la nouvelle ère avec de nouvelles figures. De rares exceptions pourraient être faites, précisent ces sources, pour des considérations d’équilibre politique ou régionale et l’on aurait dans la nouvelle équipe deux ou trois revenants. Qui seraient éventuellement nommés ministres d’État aux côtés de trois ou quatre autres personnalités représentant les communautés et le créneau politique, les portefeuilles d’active étant confiés à des technocrates. D’autres sources tout aussi fiables affirment, cependant, que les proportions seront l’inverse : une petite pincée de spécialistes apolitiques pour les départements techniques et un Cabinet hautement politique, pour permettre l’intégration ou la réintégration de toutes les composantes du paysage politique local, Est radical compris…
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