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Actualités - Chronologie

Champion européen : l'Italie

Faux sacs Vuitton ou Gucci, vendus à même le sol au cœur d’artères élégantes à Milan ou Rome, cassettes pirates audio et vidéo et imitations de pièces de rechange à tous les coins de rue, l’Italie est le premier fabricant et consommateur de produits contrefaits en Europe. Maisons de couture, magistrature et industriels lancent régulièrement l’alarme mais sans succès devant un fléau souvent considéré comme moins prioritaire que la lutte contre le trafic de drogue et la contrebande. Pourtant ce phénomène a énormément progressé au niveau mondial (hausse de 1.200% de la production en dix ans) et il atteint des proportions inquiétantes en Italie, troisième patrie des contrefacteurs derrières la Corée et Taïwan, avec un chiffre d’affaires annuel évalué 10.000 à 60.000 milliards de lires (3,4 à 5,7 mds USD). La mode et les articles de luxe (vêtements, montres, lunettes) représentent encore 60% de ce total mais tous les secteurs d’activité sont contaminés: des composants automobiles ou aériens, à la chimie-pharmacie, aux logiciels informatiques en passant par les lessives et les produits alimentaires. «La situation est grave. Les entreprises les plus touchées, notamment des stylistes comme Versace, Prada ou Armani, dépensent des dizaines de milliards par an pour engager des détectives privés et payer des avocats», explique Silvio Paschi, secrétaire général d’Indicam, association regroupant une centaine de grandes marques italiennes et internationales. Dolce e Gabbana a été la première marque à décider l’hiver dernier d’incruster dans toutes ses collections et accessoires un hologramme portant les initiales DG afin de rendre ses modèles impossibles à imiter. Selon Indicam, l’industrie de la contrefaçon est répartie sur tout le territoire avec des pointes particulièrement élevées en Campanie (région de Naples) pour l’habillement, les composants et les produits de consosmmation courante, en Toscane, Latium (région de Rome) et Marches (est) pour les articles de cuir, et au nord pour les composants et l’horlogerie. Série B Les forces de l’ordre ne ménagent pas leurs efforts pour débusquer les champions de la contrefaçon. «Mais il n’y a pas assez d’effectifs pour combattre un phénomène aux dimensions stratosphériques», déplore Nicola Cerrato, magistrat à l’origine, en 1993, du premier pool italien anti-contrefaçon. Depuis, d’autres pools sont nés à Rome, Naples, Turin et Pise mais manquent de moyens. En outre, la contrefaçon prend des formes de plus en plus sophistiquées. Elle a même parfois pignon sur rue. Récemment, un faux tailleur Chanel et de fausses chemises Ralph Lauren ont été découverts dans deux boutiques du très chic quartier de la mode à Milan, au beau milieu d’autres articles tout à fait authentiques. Autre exemple, cité par le juge Cerrato, celui d’un fabricant textile qui travaillait pour la griffe Les Copains mais continuait à faire tourner ses machines après avoir honoré sa commande, se procurait de vraies étiquettes sous un prétexte quelconque et revendait le surplus sous le manteau. Mais ce qui inquiète encore plus le magistrat, c’est que «la contrefaçon est perçue, y compris par les forces de l’ordre, comme un phénomène de série B, alors que la criminalité organisée et les diverses mafias se sont jetées dessus car c’est un secteur à gros profits et à faible risque». Pour Silvio Paschi d’Indicam, «la contrefaçon est souvent ignorée car considérée comme un mal mineur, et à la limite comme un moyen d’éviter que les vendeurs à la sauvette (très souvent Sénégalais) de faux sacs ne se rabattent sur d’autres trafics». «Le problème c’est que le fait d’être un pays où la contrefaçon est tolérée, fait de l’Italie un partenaire commercial peu fiable», dit-il. En tout cas, même lorsque les policiers remontent la filière, les contrefacteurs ne risquent pas grand chose. La justice italienne est extrêmement lente et pas très sévère: la contrefaçon est punie au maximum de trois ans de prison et les amendes ne dépassent pas les 4 millions de lires. (AFP)
Faux sacs Vuitton ou Gucci, vendus à même le sol au cœur d’artères élégantes à Milan ou Rome, cassettes pirates audio et vidéo et imitations de pièces de rechange à tous les coins de rue, l’Italie est le premier fabricant et consommateur de produits contrefaits en Europe. Maisons de couture, magistrature et industriels lancent régulièrement l’alarme mais sans succès devant un fléau souvent considéré comme moins prioritaire que la lutte contre le trafic de drogue et la contrebande. Pourtant ce phénomène a énormément progressé au niveau mondial (hausse de 1.200% de la production en dix ans) et il atteint des proportions inquiétantes en Italie, troisième patrie des contrefacteurs derrières la Corée et Taïwan, avec un chiffre d’affaires annuel évalué 10.000 à 60.000 milliards de lires (3,4 à 5,7 mds...