La dégradation de la situation économique en Iran, marquée par l’inflation, la chute de la monnaie nationale et la baisse des cours du brut, suscite une inquiétude et un mécontentement croissants dans le pays. Une baisse des rentrées de devises, provoquée par la chute des cours du brut, a amené jeudi dernier la Banque centrale à durcir les conditions de vente de dollars aux Iraniens se rendant à l’étranger. Les voyageurs ne pourront ainsi plus se procurer de billets verts au taux officiel de 3.000 rials pour un dollar mais au taux de 4.795 rials, soit 60% plus cher. Cette mesure, destinée à préserver les réserves en devises de la Banque centrale, a eu pour effet pervers quasi immédiat d’aggraver la chute de la monnaie nationale face au billet vert. En moins d’une semaine, le cours du dollar est ainsi passé de 5.300 à 5.700 rials, et la presse iranienne s’inquiétait de voir la devise iranienne se déprécier encore au cours des prochains jours. Cette chute libre, qui survient après presque trois ans de quasi-stabilité du rial sur le marché parallèle, pourrait provoquer une poussée inflationniste, en particulier pour les produits importés. Alors que le prix du baril iranien se situe aux alentours de 12 dollars, contre 16 dollars dans les prévisions budgétaires du gouvernement, les exportations non-pétrolières ont enregistré l’an dernier une baisse de 3%, selon les derniers chiffres publiés dimanche. L’Etat, qui contrôle directement ou indirectement plus de 80% de l’activité économique, a par ailleurs récemment augmenté les prix de plusieurs produits sensibles ou services fortement subventionnés, comme l’essence ou les transports publics. «La décision du gouvernement d’augmenter certains prix offre un prétexte aux commerçants et au bazar (commerce traditionnel) pour qu’ils pressurent, eux aussi, les salariés», selon le journal à grand tirage «Kayhan». Le journal a fait état de hausses pour de nombreux produits alimentaires subventionnés — riz +70%, lait +50%, huile de cuisine +20% — et laisse entendre que le pain, produit lourdement subventionné pour être accessible aux plus pauvres, pourrait lui aussi devenir plus cher. «Combien de temps allons-nous continuer de voir les prix grimper tandis que les revenus des classes modestes restent bloqués?», s’est interrogé récemment le journal Khabar (informations générales). Face au marasme, certaines entreprises connaissent des difficultés à boucler leurs fins de mois et payer leurs salariés. Un député proche des syndicats officiels, Abol-Qassem Sarhadi-Zadeh, a révélé que le grand fabriquant nationalisé de chaussures, Melli Shoes, avait dû emprunter aux banques pour payer ses employés au cours des derniers mois. Certaines unités de production ont dû mettre le personnel en chômage technique deux semaines par mois «parce qu’elles n’ont pas de quoi les payer et que les entrepôts sont remplis de marchandise invendue», a déclaré le député. Cette dégradation de la situation économique survient alors que le pays a déjà connu au cours des trois dernières années une sévère cure d’austérité destinée à enrayer l’inflation et rembourser la dette extérieure. Les mesures prises ont permis un assainissement des comptes du pays mais ont sinistré les exportations hors pétrole et provoqué un ralentissement de l’économie. Le président iranien Mohammad Khatami, dans son premier grand discours de politique économique en mars dernier, a reconnu que son pays connaissait des difficultés économiques sérieuses et a promis des «changements structurels», notamment pour assurer la sécurité des investissements nationaux et étrangers. «Dire que nous n’avons pas de problèmes ne serait pas la vérité», a déclaré le président qui avait placé le redressement économique et la lutte contre les inégalités au centre de son programme lors de l’élection l’an dernier. (AFP)
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