Jacques Chirac a plaidé mardi à Sarajevo pour la reconstruction d’un «pays exemplaire», une Bosnie réunifiée. Le président français a visité à pied les lieux symboliques du martyr de la capitale pendant son siège par les Serbes de 1992 à 1995. Et il s’est servi de ces exemples pour inviter les Bosniaques à préférer l’avenir à la vengeance. Aux trois membres de la présidence collégiale comme à un parterre de jeunes, M. Chirac a décrit «l’objectif à atteindre: une Bosnie Herzégovine unie, multi-culturelle, démocratique, pleinement intégrée dans la communauté des nations». Le chef de l’Etat français a cité en exemple la réconciliation franco-allemande, dans un discours au théâtre national devant des étudiants des trois communautés. Français et Allemands, a-t-il dit, «ont compris que la fidélité à la mémoire des morts et la reconnaissance de leur sacrifice ne consistaient pas à les venger dans l’engrenage sans fin de la violence mais à permettre à leurs frères et à leurs enfants de construire ensemble un avenir partagé». «J’ai aimé son discours parce qu’il a montré qu’il croit en notre avenir», confiait Fahida, 25 ans, étudiante en économie à Tuzla (nord de la Bosnie). Mais d’autres étudiants n’ont pas oublié ce qu’ils appelaient «la politique passive» de la France à l’égard de la Bosnie avant l’arrivée de M. Chirac au pouvoir en mai 1995. «Je ne suis pas content de la politique de la France au début de la guerre. Ils n’étaient pas assez durs avec les Serbes», estimait Emir, 24 ans. Mais il y avait peu de Serbes dans l’assistance: plusieurs dizaines d’entre eux avaient refusé l’invitation, prétextant que leur sécurité n’était pas garantie dans la capitale musulmane. Tandis que plusieurs dizaines d’étudiants de Banja Luka avaient annulé leur participation, en signe de protestation après l’arrestation récente à Sarajevo de plusieurs Serbes bosniaques accusés de crimes de guerre. La présidente de Republika Srpska pourtant, Biljana Plavsic, est venue écouter M. Chirac. Celui-ci avait entamé sa journée par des entretiens qu’il a qualifiés de «très amicaux» avec les trois membres de la présidence collégiale, y compris le Serbe Momcilo Krajisnik qui ne s’était pas dérangé la veille au soir à l’aéroport pour l’accueillir. «Chacun comprend les problèmes auxquels la Bosnie-Herzégovine est confrontée, et tout le monde souhaite qu’elle puisse les surmonter, ce dont je ne doute pas», a déclaré M. Chirac, qui venait de rencontrer le musulman Alija Izetbegovic, le Croate Krezimir Zubak et M. Krajisnik. M. Izetbegovic a remercié M. Chirac «pour la contribution immense de la France à la paix en Bosnie». Il a indiqué qu’il avait demandé l’aide de son hôte pour rapprocher son pays des institutions européennes: «La priorité aujourd’hui est l’adhésion de la Bosnie Herzégovine au conseil de l’Europe», a souligné le leader bosniaque. M. Krajisnik a souligné que «M. Chirac représente un pays qui entretient des relations toujours excellentes avec le peuple serbe», et l’a invité en Republika Srpska. M. Chirac a profité de l’occasion pour mettre un terme à la polémique entre le Tribunal pénal international (TPI) qui juge les criminels de guerre d’ex-Yougoslavie, et Paris qui refusait jusqu’au mois dernier que les officiers français aillent témoigner au siège du tribunal, à La Haye. «Naturellement la France coopère et coopérera pleinement avec le Tribunal pénal international. Cela va de soi, nous considérons que les criminels de guerre doivent être jugés et sanctionnés», a dit le président français. Jacques Chirac a ensuite pu mesurer les effets de la guerre en visitant à pied le centre de Sarajevo, dans un décor d’immeubles détruits, de terrains minés et de façades criblées d’impacts. Sa visite, dans un Sarajevo quasi désert qui célèbrait la fête musulmane du Bajram (sacrifice d’Abraham), s’est achevée avec quelques-uns des 3.500 militaires français de Bosnie, à Mostar (sud de la Bosnie), au siège de l’état-major de la division multinationale Salamandre des forces de l’OTAN, sous commandement français. (AFP)
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