Les Irakiens ont retrouvé les pâtisseries traditionnelles pour la fête de l’Adha, les exportations contingentées de pétrole améliorant les rations alimentaires, mais elles gardent un goût amer. Ils ont mangé le «klètché», pâtisserie fourrée à la pâte de datte. Mais le célèbre «man es sama» (la manne du ciel), à base d’une sorte de gomme arabique, est resté réservé aux plus favorisés. Le kilo se vend à 2.500 dinars (2 dollars), soit près de la moitié du salaire minimum d’un fonctionnaire. Avec l’entrée en vigueur de l’accord «pétrole contre nourriture», qui permet à l’Irak d’exporter des quantités limitées de pétrole pour importer des produits de première nécessité, les rations alimentaires se sont améliorées. La ration quotidienne est passée de 1.300 à 2.000 calories, selon les organisations humanitaires. Cela reste en deçà des 2.500 calories nécessaires et bien au- dessous du standard américain (3.800 calories), selon les mêmes sources. Mais cela a permis à l’Etat de lever les restrictions sur le sucre. Les pâtisseries sont revenues et les glaciers sont devenus des rendez-vous pour la jeunesse à Bagdad. Faute de mieux, les jours de fête sont l’occasion de promenades au jardin public. Issam Abdel Jawad, accompagné de sa femme, sirote un thé assis sur un banc dans le parc Al Zawraa, en surveillant ses six enfants sur les balançoires. Converti en réparateur de voitures, après avoir démissionné de son poste de technicien à l’office de l’Organisation de l’industrialisation militaire, il gagne en une journée 3.000 dinars, soit la moitié de son ancien salaire mensuel. Pas de sacrifice Malgré ces revenus convenables, Issam n’a pas sacrifié le traditionnel mouton de la fête (30.000 dinars) dont la viande est ensuite distribuée aux démunis. «Mon offrande à moi est quotidienne. Je m’occupe des enfants, de mes deux frères au chômage, et mes ressources suffisent à peine à nourrir, soigner et scolariser les quinze enfants dont j’ai la charge», dit-il. Les fêtes musulmanes, c’est aussi la visite au cimetière, après la prière du matin. Au cimetière pour enfants de Bagdad, les dates inscrites sur les petites tombes égrènent comme un calvaire les années d’embargo, en place depuis que l’Irak a envahi le Koweït en août 1990. Houda Abdel Mohsen, la trentaine, pleure doucement sur la petite tombe où reposent ses deux jumeaux, Omar et Othman, décédés il y a un mois faute d’incubateurs suffisants dans les hôpitaux. Un peu plus loin Jassem Abdel Rida, la quarantaine, accompagné de sa femme, récite la «prière des morts» pour le salut de l’âme de leur benjamin de sept ans, Mohammad, mort des suites d’une hémorragie non détectée à temps après une chute, faute d’appareils médicaux. Anwa Hussein, la soixantaine, vient rendre visite à son petit-fils, mort il y a deux semaines de déshydration, faute de sérums suffisants. «Je suis là pour remplacer sa mère qui n’a pas eu le courage de venir», dit-elle. Un des envoyés spéciaux du secrétaire général de l’ONU, Pakrah Shah, a souligné cette semaine qu’un million d’enfants irakiens souffraient de malnutrition. Les agences des Nations Unies estiment en effet qu’un tiers des enfants de moins de 5 ans souffre de malnutrition chronique. (AFP)
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