Pour la première fois depuis l’assassinat qui marqua la ville du sceau de la honte il y a 30 ans, Memphis a commémoré samedi la mort du pasteur Martin Luther King par une rare manifestation d’unité et d’harmonie raciale. «Memphis se souvient de Martin»: derrière ce slogan, les autorités de cette ville du Sud qui tente de sortir du marasme économique ont voulu célébrer dignement celui qui fut assassiné dans ses murs le 4 avril 1968. Le dernier rendez-vous de ces trois journées de commémoration, une veillée de prières et de réflexion, s’est déroulé sur les lieux même du crime, le Lorraine Motel, un motel des annés 50, transformé aujourd’hui en musée des droits civiques. Des centaines de personnes, une bougie à la main, ont passé une partie de la soirée et de la nuit devant l’ancien Motel, où la chambre du pasteur noir — lit défait et cendriers pleins — a été préservée, intacte derrière une vitre depuis la nuit fatale d’il y a 30 ans. La directrice du musée, Beverly Roberston, a exprimé l’espoir que ce 30e anniversaire de la mort de King «aide la ville à guérir et à clore un sombre chapitre» de son histoire. «Nous voulons que Memphis devienne un catalyseur vers un vrai changement», a-t-elle dit. A 18h01 locales, l’heure à laquelle il y a 30 ans la balle de James Earl Ray frappa le pasteur noir en pleine tête, toutes les cloches de la ville ont sonné le glas. Dans la matinée, des milliers de personnes avaient défilé dans les rues de Memphis (Tennessee) que borde le majestueux Mississippi, pour se souvenir «de l’homme et de son message», selon les mots d’un des manifestants. Jeunes et vieux, blancs et noirs, employés municipaux en un uniforme ou élus en costume, chantant ou jouant du tambour, ont parcouru les rues de Memphis. De nombreux participants étaient venus par autobus entiers du Mississippi, de Louisiane ou d’Arkansas participer à la marche. Cette marche qui a débuté dans une des églises noires de la ville, le Clayton Temple, s’est terminée par un rassemblement dans le palais des congrès où plusieurs leaders du mouvement pour les droits civiques ont pris la parole. La marche symbolisait la manifestation en faveur des éboueurs en grève que Martin Luther King, figure emblématique de la lutte pour les droits civiques et prix Nobel de la paix, était venu soutenir au moment de sa mort et qui n’eut jamais lieu. Un produit du racisme Samedi, des éboueurs de même que des employés des postes en uniforme participaient à la marche, où les préoccupations sociales actuelles étaient aussi présentes. Ainsi un groupe d’employés du principal quotidien de Memphis, «The commercial Appeal», était venu dénoncer les tactiques «anti-syndicales» de la direction de leur journal. «Notre participation ici signifie que nous adhérons totalement au message de King pour la justice sociale», a indiqué l’un d’entre eux. Tony Cooke, qui est blanc, ajoute que Memphis est un produit «du racisme du Sud où les différences économiques entre blancs et noirs demeurent considérables». Des cérémonies à la mémoire de Martin Luther King se sont déroulées dans de nombreuses villes américaines samedi, et notamment à Atlanta (Georgie), sa ville natale, où vit sa famille et où il est enterré. Sa veuve Coretta King et ses quatre enfants ont déposé une gerbe de fleurs sur sa tombe. A Washington, dans son allocution radiodiffusée hebdomadaire, le président Bill Clinton a également rendu hommage à Martin Luther King, «un des grands héros américains», a-t-il dit. Rappelant le célèbre discours de King «je fais un rêve», Bill Clinton, qui vient d’effectuer une tournée de 11 jours en Afrique, a estimé que des «millions et des millions de personnes dans le monde» partagent ce même rêve d’harmonie entre les races. (AFP)
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