La pince à linge... la pince à linge... Qui n’a fredonné ces paroles des Frères Jacques sur l’air de la Cinquième de Beethoven... L’association du majestueux et du terre-à-terre. Une trivialité qui n’effraie pas le plus prestigieux des musées américains, le Smithsonian, qui consacre en effet une exposition aux «pinces à linge en Amérique»! Idée bizarre, biscornue, saugrenue? Pas du tout, rétorquent les responsables du musée que l’on croyait uniquement préoccupés de Goya, Gauguin, Monet, Manet et autres grands maîtres. «C’est, expliquent-ils, une manière de sonder l’inventivité, en se penchant sur des objets aussi familiers et utilitaires, dont l’évolution s’accompagne souvent d’une grande créativité». Le linge qui sèche sur une corde et qui se balance au gré du vent est retenu par un système, apparemment simpliste, qui en réalité a tout un background historique. Or, voici ce que l’on apprend en visitant cette exposition. De quand date la pince à linge? Peut-être du temps des pharaons qui connaissaient bien le savon, la corde, les couteaux. Avant que son utilisation ne soit répandue, les gens mettaient leur linge à sécher sur des pierres, sur l’herbe, sur les buissons. La pince à linge a été introduite en Amérique par les colons britanniques. A cette époque, la fabrication des pinces était manuelle et parfois elles étaient traitées en objet d’art. Pour passer le temps, les marins et les marchands ambulants en sculptaient dans de l’ivoire. Même les artisans aimaient à en créer de fantaisistes. Au départ, cet article ressemblait à une épingle de nourrice, prolongée de deux cylindres en bois. A partir de la moitié du 19e siècle, on a commencé à l’améliorer, en se concentrant sur le perfectionnement du ressort. Les spécimens que l’on peut voir au musée du Smithsonian ont été brevetés entre 1852 et 1887. Dès la fin du 19e siècle, les pinces à linge étaient produites en série dans des usines. Dans les années 40, elles apparaissent en matière plastique de couleur. La pince à linge n’a pas eu uniquement un destin domestique. Elle a été un jeu d’enfant très prisé. C’est ce que l’on peut découvrir également dans le cadre de cette exposition qui donne à voir notamment un livre pour enfants publié en 1910 apprenant aux jeunes lecteurs comment réaliser un chien, un mouton, un oiseau, des meubles, etc., à partir de pinces à linge. Durant la guerre civile américaine, les soldats blessés, immobilisés sur leur lit d’hôpital les transformaient en poupées. La publicité les a utilisées dans ses affiches pour vanter la qualité de toute une gamme de produits de lessive. Les chasseurs, eux, s’en servaient pour épingler de fausses colombes, destinées à attirer le gibier. Le célèbre artiste Norman Rockwell, peintre de la vie quotidienne américaine, s’en inspirait dans les illustrations qu’il faisait, dans les années 40, pour l’hebdomadaire «Saturday Evening Post». Dans ce contexte, qui dit pince, dit «blanc comme linge» ou «beau linge». Rien à voir avec celui que l’on «lave en famille»...
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