Le 20 octobre passé marque une date mémorable dans les annales de la mode. À l’Institut de France, où les cinq académies qui le composent (Académie des belles lettres, Académie française, Académie des sciences, Académie des beaux arts, Académie des sciences morales et politiques) faisaient leur rentrée, le thème de la séance publique annuelle était : la mode. Sous le thème «Mode et Féminisme», et au nom de l’Académie des sciences morales et politiques, Claude Dulong-Sainteny a développé le rôle social et culturel de ce phénomène dont on mésestime encore l’importance. «Non, la mode n’est pas un témoignage privilégié de la soumission de l’individu aux normes collectives», a-t-elle soutenu. Elle n’est pas une sorte de dialectique de l’imitation et de la distinction des classes. Les classes inférieures adoptent, dès qu’elles peuvent, les formes extérieures de la vie sociale des classes plus favorisées économiquement. Celles-ci se voyant alors contraintes au changement pour conserver leur image», a soutenu dans son discours Mme Dulong-Sainteny renversant, l’un après l’autre, tous les préceptes économiques et historiques admis dans l’évaluation de la mode, mais aussi bien des théories psychanalytiques. Deniant avec vigueur l’idée spéculative selon laquelle la mode serait une conséquence de la pulsion érotique, elle n’a admis comme origine du phénomène que la volonté de séduction et l’exaltation de la féminité. «La mode ne sert pas que l’élégance, dit-elle, elle crée une ambiance. La femme, par le choix de ses toilettes, peut vous transporter dans un monde de rêve. Elle peut devenir l’ornement de la société, au lieu d’en être la victime...». Pour conclure : «Le costume ne fait pas la supériorité, mais la supériorité n’a pas à se cacher sous un costume indigne d’elle». Les modes de la mode C’est Pierre-Yves Trénols, délégué par l’Académie des beaux-arts, de discourir sur le même thème sous le titre «Les modes de la mode». Il a reconnu qu’«il faut du génie pour créer un style, tandis qu’il n’en faut aucun pour suivre une mode. Et si l’on crée un style, on ne fait que lancer une mode». Guy Ourisson a développé, au nom de l’Académie des sciences, sa conception sur le lien établi entre mode et science. Dans une analyse ardue et très fouillée, intitulée «Modes souples et sciences dures», il a estimé que modes et sciences ne font pas bon ménage. «Au fond, ce n’est pas l’existence de modes qui peut être redoutée, déclara-t-il, c’est plutôt de les suivre au lieu de les lancer. C’est aussi de les subir au lieu de les contrôler. C’est enfin de les nier au lieu de chercher à en limiter les dégâts». Le mot «mode», on le réalise, a été interprété sur un registre très élargi, mais c’est la première fois dans l’histoire qu’il acquiert droit de cité et d’existence dans un des plus prestigieux sanctuaires de la pensée. C’était aussi la première fois que, dans le défilé des personnalités ayant pris la parole, les mensurations des participants n’ont pas été connues!
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