Le tout nouveau «Bureau de communication en matière de blanchiment» a eu à connaître, à Berne, d’un premier cas présumé d’argent sale alors qu’entrait en vigueur en Suisse une loi contre le recyclage de capitaux d’origine douteuse. Ce texte fait obligation aux banques mais surtout à l’immense réseau parabancaire de signaler tout soupçon sur l’origine éventuellement frauduleuse de fonds. Les limiers de ce bureau fédéral n’ont pas voulu indiquer si l’appel sur leur téléphone rouge émanait d’une banque, d’une société fiduciaire ou encore d’un gérant de fortune. Parfois comparé à un coffre-fort géant qui accueillerait sans trop de scrupules l’argent de tous les dictateurs et de toutes les mafias, ce pays adapte ainsi sa législation à celles de ses grands voisins et s’efforce de gommer son image de «blanchisseur» d’argent criminel. Auparavant, la loi prévoyait, sur une base volontaire et uniquement pour les banques, la «possibilité» de faire part de doutes sur la nature d’une mallette bourrée de dollars ou d’un transfert massif depuis la Colombie. En imposant un devoir de diligence aux «parabancaires», elle s’attaque à ce qui est souvent l’avant-dernière étape pour laver de l’argent douteux avant qu’il «fasse du gras» en toute légalité dans les coffres de grandes banques. Le blanchiment à grande échelle est réalisé à partir d’un clavier d’ordinateur, l’argent sale transitant électroniquement d’îles lointaines en principautés avant d’être converti en francs suisses. Far West Il est peu probable que la nouvelle loi puisse avoir un effet réellement dissuasif sur ce trafic de haut vol, reconnaît-on à Berne. Mais les sanctions (150.000 dollars et surtout une réputation ternie) pourraient faire réfléchir les cabinets d’avocats spécialisés, gérants de fortune, fiduciaires et bureaux de change qui se montrent trop peu regardants sur leur clientèle de passage. C’est en fait cette espèce de «Far West» de la place financière suisse que la nouvelle loi prétend réglementer. Ces intermédiaires devront signaler leurs doutes au nouveau bureau de la police fédérale et bloquer immédiatement à titre conservatoire les fonds de leur client. Le bureau aura cinq jours pour tenter de vérifier l’origine de l’argent. Le dépositaire ne sera pas prévenu de cette enquête, a indiqué Daniel Thelesklaf, l’un des spécialistes de ce nouveau bureau. Si les soupçons se vérifient, le bureau transmet le dossier à l’autorité cantonale qui poursuit l’enquête et prévient les acteurs du dossier. Selon Mme Carla del Ponte, procureur fédéral, la loi «pourrait augmenter» le nombre de cas signalés à la police et contribuer a assainir la situation. Réputée pour la discrétion de ses banques et la stabilité de son franc, la Suisse s’occupe de 30% du marché mondial de la gestion de fortune, soit l’équivalent de 1.500 milliards de dollars. Selon les experts, 500 milliards de dollars sont vraisemblablement blanchis annuellement dans le monde. «Et à un moment ou à un autre, une partie de cet argent touche la Suisse», reconnaît le ministère des Finances helvétique. Les banques ont réagi sans émoi à la nouvelle législation, affirmant qu’elles signalent déjà tout cas suspect. Les intermédiaires financiers (qui ne blanchissent pas tous de l’argent sale) ont critiqué un «système de dénonciation obligatoire» qui, selon l’avocat genevois Carlo Lombardini, les transforme en enquêteurs en leur déléguant une tâche qui incombe à la police. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le tout nouveau «Bureau de communication en matière de blanchiment» a eu à connaître, à Berne, d’un premier cas présumé d’argent sale alors qu’entrait en vigueur en Suisse une loi contre le recyclage de capitaux d’origine douteuse. Ce texte fait obligation aux banques mais surtout à l’immense réseau parabancaire de signaler tout soupçon sur l’origine éventuellement frauduleuse de fonds. Les limiers de ce bureau fédéral n’ont pas voulu indiquer si l’appel sur leur téléphone rouge émanait d’une banque, d’une société fiduciaire ou encore d’un gérant de fortune. Parfois comparé à un coffre-fort géant qui accueillerait sans trop de scrupules l’argent de tous les dictateurs et de toutes les mafias, ce pays adapte ainsi sa législation à celles de ses grands voisins et s’efforce de gommer son...