Viktor Tchernomyrdine est apparu ces derniers mois comme l’un des prétendants les plus sérieux à la succession du président russe, Boris Eltsine, dont il a été pendant plus de cinq ans le fidèle premier ministre. Dernier signe en date de cette préparation à la plus haute des charges de l’Etat, la télévision avait lancé début mars une série d’émissions hebdomadaires dont Viktor Tchernomyrdine était l’invité spécial, une initiative visant à améliorer son image d’homme du statu quo sans charisme. Mauvais orateur, cet homme à l’allure massive, qui aura 60 ans le 9 avril, se traîne en effet dans les sondages, avec seulement 2 à 3% d’électeurs prêts à voter pour lui en cas de présidentielle. Mais ce profil d’apparatchik sans éclat explique aussi la longévité de cet ingénieur de formation à la tête du gouvernement russe, où il a su à la fois ménager l’opposition communiste au Parlement et se concilier les experts du Fonds monétaire international (FMI). Eprouvé par son limogeage brutal lundi par le président Boris Eltsine, Viktor Tchernomyrdine était apparu à nouveau très combatif deux jours plus tard lors d’une réunion du Parti gouvernemental qu’il préside «Notre maison la Russie». Lorsque Boris Eltsine avait annoncé en janvier dernier que «son opinion était faite» sur son successeur sans toutefois le nommer, certains analystes avaient pensé à Viktor Tchernomyrdine. Un temps éclipsé par les jeunes réformateurs du gouvernement, Boris Nemtsov et Anatoli Tchoubaïs, M. Tchernomyrdine avait progressivement récupéré tous ses pouvoirs, jusqu’à finir par faire de l’ombre à Boris Eltsine. Dans le même temps, il avait entrepris de poser les bases d’une puissante machine électorale, notamment par l’intermédiaire de son ancienne société, le géant gazier Gazprom, qui lui a permis d’acquérir une forte influence auprès de nombreuses entreprises de presse et de télévision régionales, selon les analystes. Viktor Tchernomyrdine, considéré comme un représentant du lobby industriel, avait été propulsé à la tête du gouvernement en décembre 1992 à la suite d’un compromis entre le président Eltsine et l’opposition conservatrice au Congrès des députés du peuple, l’assemblée toute puissante qui contrait les réformes. Viktor Tchernomyrdine, qui a adhéré à 23 ans au Parti communiste pour le quitter trente ans plus tard en 1991, a fait toute sa carrière dans le pétrole et le gaz avant d’entrer au gouvernement. Originaire d’un village du sud de l’Oural, Tchernye Otrog, près d’Orsk, il a gravi un à un les échelons du secteur énergétique jusqu’à être nommé en 1982 vice-ministre de la Production gazière sous Léonid Brejnev, puis ministre en 1985, à l’arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev. En 1989, ce ministère est transformé en «Gazprom», monopole gazier et première entreprise de Russie, avec Viktor Tchernomyrdine comme directeur général, fonction qu’il occupe jusqu’à son entrée au gouvernement, en mai 1992, d’abord comme vice-premier ministre en charge de l’Energie dans le gouvernement d’Egor Gaïdar. Depuis son accession fin 1992 à la tête du gouvernement, Viktor Tchernomyrdine, qui est marié et père de deux fils, avait réussi pendant cinq ans à éviter tous les écueils du monde politique russe pourtant riche d’intrigues et de chausse-trappes. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Viktor Tchernomyrdine est apparu ces derniers mois comme l’un des prétendants les plus sérieux à la succession du président russe, Boris Eltsine, dont il a été pendant plus de cinq ans le fidèle premier ministre. Dernier signe en date de cette préparation à la plus haute des charges de l’Etat, la télévision avait lancé début mars une série d’émissions hebdomadaires dont Viktor Tchernomyrdine était l’invité spécial, une initiative visant à améliorer son image d’homme du statu quo sans charisme. Mauvais orateur, cet homme à l’allure massive, qui aura 60 ans le 9 avril, se traîne en effet dans les sondages, avec seulement 2 à 3% d’électeurs prêts à voter pour lui en cas de présidentielle. Mais ce profil d’apparatchik sans éclat explique aussi la longévité de cet ingénieur de formation à la...