Pour la République tchèque, dont l’économie suscitait l’envie des autres pays d’Europe centrale et qui avait jusqu’à il y a peu un gouvernement stable à sa tête, l’adhésion à l’Union européenne semblait devoir être une simple formalité. Mais c’était avant les orages qui ont déferlé sur Prague l’an dernier, qui ont fait plonger sa monnaie et emporté le gouvernement en l’espace de six mois de crise et montré tout ce qu’il restait à faire pour parachever la transformation post-communiste. «Lorsqu’on est confronté à des turbulences politiques et économiques, on se trouve ralenti naturellement. Et lorsque la croissance n’est pas là, il est évident que quelque part, on en souffre», observe Pavel Telicka, numéro deux de la diplomatie tchèque et principal négociateur aux négociations d’adhésion à l’UE, qui s’ouvrent mardi prochain à Bruxelles. Après les bouleversements de l’an dernier, d’autres turbulences politiques s’annoncent. Le nouveau premier ministre, Josef Tosovksy, nommé au lendemain de la chute de son prédécesseur, Vaclav Klaus, en novembre dernier, a accepté de diriger un cabinet de transition jusqu’aux élections législatives anticipées prévues en juin. Mais Pavel Telicka ne pense pas qu’il y ait d’obstacle majeur pour son pays lors des négociations d’adhésion. «Je ne vois aucun domaine particulier qui pose problème, qui soit de nature à compliquer les négociations et à les prolonger pendant des mois. En ce qui nous concerne, les problèmes à résoudre sont tout à fait raisonnables et aisément négociables», assure-t-il. Interrogé sur l’année de l’adhésion de Prague, il avance un prudent «2000 X», jugeant que les années 2002 ou 2003, des dates certes optimistes mais, à ses yeux, réalistes. Cela permettrait des négociations plus longues que celles menées par les trois ex-pays membres de l’AELE (Association européenne de libre-échange), Autriche, Finlande, Suède pour leur entrée dans l’UE en 1995. Pavel Telicka souligne que les Tchèques ne réclameront aucune exemption, mais des périodes de transition ou de régimes spéciaux dans un certain nombre de domaines, tels que les ventes de terres agricoles propriété de l’Etat, ou la période d’adaptation aux normes de l’UE en matière d’environnement. «Il est, selon moi, possible d’amener les négociations à leur terme en trois ans. C’est trois fois plus de temps que les négociations menées avec les pays de l’AELE qui étaient, certes, mieux préparés. Mais, pour nous, le coup d’envoi des négociations ne date pas d’hier. Nous nous y sommes préparés depuis des années», selon lui. Signes encourageants La crise économique de l’an dernier a été une leçon salutaire pour certains dirigeants tchèques qui s’étaient vantés que Prague remplissait déjà un plus grand nombre des critères de Maastricht en matière d’union monétaire que certains pays membres de l’UE. Un déficit budgétaire croissant et le déséquilibre des échanges alimenté par la demande forcèrent la Banque centrale fin mai dernier à laisser flotter la couronne. Dans la foulée, le gouvernement imposa au pays deux plans d’austérité en autant de mois. La croissance en souffrit, qui tomba l’an dernier à 1,0%, contre 3,9% l’année précédente, d’après les statistiques rendues publiques lundi. Dans un discours lors d’une conférence en février dernier, le représentent de l’UE à Prague, Johannes Ter Haar, ne prit guère de gants pour inviter les Tchèques à revenir sur terre. «La priorité essentielle pour les pays candidats est maintenant de créer les conditions d’une forte croissance économique, dans un contexte de stabilité macroéconomique. Cela sera obtenu essentiellement par des réformes structurelles», leur a-t-il dit. Certains signes sont encourageants. Le déficit commercial a été ramené en février à 3,6 milliards de couronnes (105,7 millions de dollars). Il était de 4,6 milliards en janvier, et de 11,8 milliards en février 1997. L’inflation est plus élevée que ne le souhaiterait la Banque centrale, mais largement inférieure à ce qu’elle est en Pologne ou en Hongrie. La couronne a regagné l’essentiel du terrain perdu depuis mai dernier, mais pourrait de nouveau être soumise à des pressions en période électorale. En recommandant l’ouverture de négociations d’adhésion avec Prague, la Commission européenne lui assigna comme principales réformes économiques l’achèvement de sa restructuration industrielle et le renforcement de son système bancaire. Le gouvernement tchèque entend aller de l’avant avec la vente à des investisseurs étrangers de ses fortes participations dans trois banques d’Etat. Mais une décision définitive ne sera prise qu’après les élections. A la veille de l’ouverture des négociations d’adhésion, le climat s’est tendu entre Prague et l’UE sur une question de pommes. En janvier, les Tchèques ont imposé à l’UE un quota annuel de 24.000 tonnes de pommes à croquer, en faisant valoir que la production européenne menaçait leurs producteurs nationaux. L’UE a répliqué la semaine dernière en suspendant les tarifs préférentiels à l’importation de porc, de volaille et de jus de fruit tchèques. Le chef du gouvernement tchèque a choisi de minimiser l’affaire, y voyant une «querelle d’amoureux avant leurs fiançailles». Pour la Commission, cette question pourrait bien être symptomatique des problèmes auxquels les Tchèques pourraient être confrontés pour rendre leur économie compétitive au sein du marché unique. Pavel Telicka pense que la guerre de la pomme pourrait être réglée d’ici quelques mois. Certains analystes voient avant tout dans cette affaire des considérations de politique intérieure tchèque à quelques mois des élections, qui ne risquent pas d’entraîner des changements majeurs de la politique européenne de Prague. «Cette question fait l’objet d’un large consensus et je ne crois pas qu’un changement de gouvernement remettrait en question les négociations», estime Jiri Pehe, conseiller politique du président Vaclav Havel. Il estime en revanche que ses compatriotes auront des problèmes d’ajustement psychologique à l’égard de l’UE. «Bien qu’une majorité de gens souhaite appartenir à l’UE, ce pays reste très provincial et il a du mal à cohabiter avec les étrangers qui y vivent», souligne-t-il, prenant en exemple l’attitude de certains Tchèques envers les tsiganes. La Commission avait souligné en juillet dernier que toute discrimination envers les tsiganes posait problème. Des centaines de tsiganes tchèques et slovaques ont demandé l’asile politique à la Grande-Bretagne fin 1997. Toutes les demandes, sauf une, ont été acceptées. (Reuters)
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