Le nouveau premier ministre Zhu Rongji a écarté toute révision possible du jugement sur le massacre de Tiananmen de 1989, réduisant à néant les espoirs de libéralisation suscités par son arrivée au pouvoir. Interrogé, lors de sa première conférence de presse radio-télévisée en direct, sur cette question taboue en Chine, M. Zhu ne s’est pas dérobé, mais a réitéré la position officielle du régime à l’égard des «troubles politiques» de l’époque. Le PC et l’Etat ont en 1989 «pris des mesures fermes pour stabiliser la situation» et mettre fin à ces «troubles» a-t-il dit. «Sur cette question, l’ensemble du parti a une position unanime», a-t-il dit. Dans la nuit du 3 au 4 juin, l’armée avait réprimé violemment les étudiants massés depuis plusieurs semaines sur la place Tiananmen, dans le centre de Pékin, pour réclamer la démocratie. L’intervention avait fait plusieurs centaines de morts et suscité la condamnation unanime de la Chine dans le reste du monde. Différentes réunions du PC et du gouvernement au cours des années passées «ont déjà abouti à une conclusion correcte sur cette question et celle-ci ne sera pas modifiée», a affirmé M. Zhu. Sa réponse a probablement ruiné les espoirs de ceux qui voyaient en lui un réformateur à tout crin, capable de réviser le jugement officiel condamnant les manifestations prodémocratiques comme «contre-révolutionnaires». «Je suis déçue (…). Je ne pense pas qu’il exprimait son vrai point de vue», a déclaré Ding Zilin, une universitaire de Pékin dont le fils a été tué pendant la répression de Tiananmen. Déception Sachant que M. Zhu avait réglé pacifiquement les manifestations organisées au printemps 89 à Shanghai lorsqu’il était maire, Mme Ding a ajouté qu’elle espérait un changement avec son arrivée au pouvoir. «On pouvait difficilement s’attendre à autre chose, a dit un diplomate européen. Zhu cautionne la position officielle, mais se garde bien de la reprendre à son compte, s’abritant derrière le parti et l’Etat et rappelant au passage qu’il était à Shanghai à l’époque des faits». «Ses déclarations ne me surprennent pas», a déclaré Sophia Woodman, directrice de recherches à Hong Kong de l’organisation de défense des droits de l’homme, Human Rights in China. «Je ne m’attendais pas à ce qu’il annonce un changement majeur» a-t-elle dit. Mais elle n’est pas d’accord en revanche avec les propos de M. Zhu affirmant que «l’ensemble du parti a une position unanime» sur la question de Tiananmen. «Il y a des gens au sein du parti qui ont appelé à la révision du 4 juin», a-t-elle déclaré. Mme Woodman a également balayé le point de vue largement répandu selon lequel M. Zhu aurait désapprouvé la répression de l’armée contre les étudiants. «Il faut se souvenir que Shanghai est la ville où un grand nombre d’ouvriers ont été exécutés juste après le 4 juin», a-t-elle rappelé. Interrogé par un journaliste américain sur une possible démocratisation du régime, M. Zhu a, là aussi, été décevant. Il s’est déclaré favorable, sur le principe, à une élection au suffrage universel direct des hauts dirigeants de l’Etat, mais a repoussé une telle réforme aux calendes grecques. En Chine, le chef de l’Etat est nommé par les députés, qui sont eux-mêmes élus selon un système de suffrage indirect. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le nouveau premier ministre Zhu Rongji a écarté toute révision possible du jugement sur le massacre de Tiananmen de 1989, réduisant à néant les espoirs de libéralisation suscités par son arrivée au pouvoir. Interrogé, lors de sa première conférence de presse radio-télévisée en direct, sur cette question taboue en Chine, M. Zhu ne s’est pas dérobé, mais a réitéré la position officielle du régime à l’égard des «troubles politiques» de l’époque. Le PC et l’Etat ont en 1989 «pris des mesures fermes pour stabiliser la situation» et mettre fin à ces «troubles» a-t-il dit. «Sur cette question, l’ensemble du parti a une position unanime», a-t-il dit. Dans la nuit du 3 au 4 juin, l’armée avait réprimé violemment les étudiants massés depuis plusieurs semaines sur la place Tiananmen, dans le centre...